‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 468 sur 511 · IMPRESSIONS DIX CAENNAIS SFU LA FÊTE PARISIENNE · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DIX CAENNAIS SFU LA FÊTE PARISIENNE

Ces députés avaient mission de représenter à la cérémonie du pacte fédératif, non seulement la garde nationale qui les avait élus, « mais toute la cité et tout leur district ». « Le cœur de tous « les habitants leur sera uni, disait l'un des procès-verbaux « d'élection, lorsqu'ils renouvelleront leur serment solennel en « face de toute la France, pour le succès de la Révolution » W. Le pays légal révolutionnaire, bien que seul invité à la fête, entendait s'y porter caution pour l'ensemble des citoyens, même des citoyens passifs, que l'Assemblée nationale avait exclus des honneurs, comme elle les avait éloignés des urnes.

La journée du 14 juillet 1790, qui, pour les Parisiens, était une sorte de revue des gardes nationales de France, passée par Lafayette, eut, aux yeux des fédérés normands, comme à ceux de leurs frères des provinces, une tout autre portée. Le chef de la délégation caennaise, Bonnet de Meautry, capitaine de la lre compagnie de Saint-Sauveur, qui fut plus tard maire de Caen, législateur et conventionnel, fit part de ses impressions sur cette journée dans une lettre qu'il adressa le lendemain aux officiers municipaux de Caen (*). Ce qui le frappe, ce n'est point le triomphe de Lafayette, dont il ne prononce pas le nom, c'est le cadre grandiose de la cérémonie, c'est l'imposant spectacle du cortège qui se déroule à travers les rues de la capitale, aux applaudissements chaleureux des Parisiens, pressés à leurs fenêtres ; c'est la vue de l'amphithéâtre du Champ-de-Mars, garni d'un peuple immense et où évoluent des milliers d'hommes en armes, des quatre-vingt-trois bannières dont les plis flottent au vent, du magnifique autel, assez vaste pour contenir six cents prêtres et musiciens ; c'est le spectacle « éblouissant » de l'Assemblée nationale, du trône royal, placé pour être vu de tous, de la tribune où est assise la reine tenant le dauphin sur ses genoux ; c'est le bruit des salves d'artillerie qui « frappent l'âme et l'oreille également » ; c'est le concert de quatre cent mille voix, capable « d'attendrir l'âme la plus endurcie ». Si le beau temps n'est pas de la partie, si une pluie persistante mouille les fédérés jusqu'à la peau, « leur gaîté n'en est pas moins extraordinaire ». Le soleil, qui apparaît vers midi, a vite fait de sécher les vêtements et d'épanouir les cœurs. Bonnet a conscience « qu'il jouit du plus

(1) Arcli. comrn.. Baveux, Di ".Registre des délibérations, 1er juillet 1790. 3 /hiil., Caen. Pièces sur la Révolution, carton 36. — Voir F. Mourlot, Impressions d'un darde national normand sur la Fête de la Fédération, dans La Réuol. française, t. LIV, p. 23-29.

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