SON JUGEMENT SUR VOLTAIRE
La « Théorie circonsphérique » consacre un long commentaire à l'Apocalypse que l'auteur appelle « le plus intelligent de tous les poèmes épiques » et aussi un « saint paravent composite ».
Dans sa revue des littérateurs modernes, Cordier de Launay a formulé sur Voltaire un jugement qu'il me paraît intéressant de reproduire. Il y a été amené par la comparaison d'une tragédie chinoise, intitulée : Le petit Orphelin de la Maison de Tchao, à laquelle il consacre une très minutieuse analyse, avec la tragédie que Voltaire a tirée du même sujet et qu'il a intitulée : L'Orphelin de la Chine. « Qui croirait, ajoute-t-il, que ce délicieux « drame composite est le tableau original d'après lequel Voltaire « a fait son Gengis Khan, ou son Orphelin de la Chine ! Il laissa « son original, en prit le nom et, brochant rapidement, grâce à son « étonnante facilité, une série de maximes politiques, de fadeurs « amoureuses, divisées en actes, en scènes, débitées par des hommes « en casques, en cuirasses grecques et par des dames en grand « panier, il a donné ce que nous avons vu, son prétendu Orphelin « de la Chine. Cette tragédie ressemble à la Tartarie et à la Chine « comme son Alzire au Pérou, son Mahomet à l'Arabie. Quand on « lit Athalie de Racine, on reconnaît qu'avant de l'entreprendre « Racine s'était, pendant dix ans, pénétré de la Bible et du costume « judaïque. Voltaire n'y mettait pas tant de façons. Epique à « 18 ans, tragique jusqu'à 84, tous les six mois accouchant de « quelque chef-d'œuvre, il a estampé le clinquant au lieu de ciseler « lentement l'or. Cela est incomparablement plus tôt fait et brille « étonnamment les premiers jours. Le fâcheux est que l'éclat n'en « est pas de longue durée. Dans le prodigieux nombre de volumes « dont Voltaire a surchargé les bibliothèques et gangrené son « siècle, un seul petit poème, riche d'imagination et semé d'agréa- « blés détails, peut subir l'examen rigoureux du connaisseur, et ce « poème burlesque, ordurier, travestit l'héroïne de notre histoire « en personnage de l'Arétin ou d'Apulée. Poète lauréat d'une capi- « taie superficielle et corrompue, plus favorisé de la nature en « esprit qu'en cœur et en raison, Voltaire se laissa ensoufrer de « l'adulation publique et mit ses talents très réels, comme sa for- « tune, en rentes viagères. Au reste, je lui dois cette justice qu'il « a ouvert, à cet égard, les yeux quelques jours avant sa mort. « Tout le peuple de Paris s'était assemblé à la porte de la Comédie « où il fut couronné, comme chacun sait. Le spectacle de cette « multitude enthousiaste et ameutée par des intrigues, dont à « peine la moitié savait lire, dont peut-être pas un centième ne « l'avait lu, lui apprit ce qu'aucune parole n'aurait pu lui faire