‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 482 sur 511 · LES MÉFAITS DE LA MILICE · texte numérisé non relu

LES MÉFAITS DE LA MILICE

leur unique soutien, et des bras à l'agriculture, dans les jeunes gens qu'on lève par la voie du sort, ou pour servir en qualité de canonniers garde-côtes, ou pour être embarqués sur les vaisseaux de Sa Majesté. » (Saint-Martin-le-Vieux). - — « On sait que pour cultiver la terre il faut des bras ; souvent dans cet endroit et en temps de guerre on en manque, presque la plupart des hommes sont employés sur mer soit au service du Roi ou à celui du marchand.» (Tourville). — « L'agriculture souffre et a beaucoup souffert depuis qu'on a enlevé un grand nombre d'hommes sur nos côtes pour canonniers-matelots, parmi lesquels il s'en trouve qui sont obligés d'abandonner leur terre et la laisser sans culture. » (Helleville). — « On fait tirer au sort ensemble pour les deux sortes de services (levée des canonniers garde-côtes et matelots auxiliaires), les propriétaires, les fermiers, avec les artisans et ouvriers, sans distinction ; ...le propriétaire et le fermier, si le sort les force de partir pour des embarquements éloignés, sont obligés d'abandonner des exploitations qu'ils ne trouvent pas même toujours à confier à des mains sûres. » (Réville).

Sur l'exemption de milice accordée aux domestiques.

« Que les milices, au moins en temps de paix, soient supprimées. Il est désolant pour les campagnes que le danger du sort force les jeunes gens bien constitués à les fuir, pour prendre le parti d'être laquais ou domestiques chez des ecclésiastiques, nobles ou privilégiés à un médiocre prix, et que les. cultivateurs soient obligés de payer un domestique frois ou quatre fois le prix qu'ils le paieraient sans cette considération. » (Le Ham). — « La noblesse et le clergé nourrissent pendant cinq ou six mois, avant et après les tirages de la milice, un grand nombre de domestiques inutiles, parce qu'ils sont exempts de tirage et de tout service dû au roi. » (Pierreville). — «La crainte de la milice fait qu'un jeune homme qui se donnerait à la culture de la terre... quitte son champ, et va chercher chez un maître riche une exemption que sa petite fortune ne lui donne point, et offre parfois ses sueurs aux conditions seulement d'être exempt. On accorde à un seigneur dix, vingt laquais, qui ne travaillent à rien d'utile, et on refuse un ou deux domestiques à un laboureur qui ne peut s'en passer : on lui refuse même souvent son enfant. «(Sauxemesnil). — «La milice fait déserter les campagnes, la capitale est remplie de beaux

TAILLE INIQUEMENT ttEPARTÏË, DUREMENT PERÇUE .Ml

hommes inutiles, qui ne servent qu'à soutenir et relever le faste des petits maîtres dont ils décorent les antichambres. L'habit de livrée, contre lequel son valet de harnais n'aurait pas voulu changer sa souquenille, est devenu un habit respectable en ce qu'il exempte de la milice. » (Surtainville).

Sur l'injustice de la répartition de la taille.

« La taille, tant qu'elle a été soumise aux collecteurs, n'a pu être répartie avec équité ; les uns, c'était vengeance, les autres craignaient le retour, les autres, c'étaient des amis. »(Digosville). — «L'exemption des tailles... exercée jusqu'ici parles ecclésiastiques, les nobles, les officiers de justice et autres qui se disent privilégiés, a tellement grevé et surchargé les laboureurs et autres sujets du roi, qu'ils peuvent à peine fournir à l'acquit des impositions et à leur subsistance. »(Biville). — «La paroisse se plaint de l'énorme surcharge de sa contribution à la taille, contre laquelle elle a réclamé sans fruit depuis bien des années.» (Carantilly).— «La paroisse est chargée d'impositions plus qu'aucune paroisse de l'élection ; si quelquefois il y a eu modération dans l'élection, les paroisses protégées par ceux qui ont accès auprès de M. l'Intendant lors du département des tailles en ont profité. » (Quettreville). — « La taille est devenue un impôt effrayant pour les malheureux cultivateurs... Si le fardeau était partagé également entre tous les habitants et propriétaires de fonds, il en deviendrait plus facile à supporter ; mais il n'est pas un impôt qui ne tombe sur le roturier, il en est une grande partie dont le clergé et la noblesse sont exempts. » (Surtainville). — Le cahier de Landelles-et-Coupigny donne d'intéressants détails sur l'énormité de la proportion delà taille...(!l

Sur la dureté de la perception de la taille.

« Que le cultivateur ne soit plus désormais contraint au paiement des deniers royaux par le dépôt d'un invalide chez lui ; c'est une

(1) Les plaintes étaient déjà très nombreuses en 1788 sur cette matière. J'en trouve dans 47 paroisses du département de Caen et dans ->tj paroisse- du département de Vire. Arch. dép., Calvados, C 7817-8088 passim.

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