PROJET D'UN HÔTEL DE ^INTENDANCE A CAEN
mentales nouvelles entraîna dans le même abîme la vieille institution des intendants et l'institution naissante des Commissions intermédiaires.
Marié depuis trois ans, Cordier de Launay avait acheté, le 26 octobre 1787, avec une partie de la dot de sa femme, la terre de Lignères et dépendances, située dans le voisinage du domaine paternel (V. Il possédait aussi un hôtel à Paris, rue du faubourg Poissonnière (2). A Caen, il habitait l'hôtel de l'Intendance, situé rue des Carmes, et qui servait depuis une vingtaine d'années de résidence à ses prédécesseurs.
A la fin du xvne et pendant toute la première moitié du xvme siècle, les intendants de Caen étaient logés dans une maison particulière de la rue Saint-Jean, que la ville avait louée en 1682 à un sieur de Goupillière, directeur de la Monnaie. Le quartier, marécageux, était des plus malsains ; le bâtiment, vieux de près de deux siècles, nécessitait de continuelles réparations qu'on avait peine à obtenir. En 1759, après avoir habité sept ans la maison de Goupillière avec la crainte constante de la voir s'écrouler, l'intendant Fontette demanda l'annulation du bail. Un arrêt du Conseil l'autorisa à se loger à sa guise moyennant une indemnité de logement de 1,500 livres que la ville de Caen devait lui fournir. C'était une mesure provisoire, en attendant le retour de la paix et la création des ressources nécessaires pour la construction d'un hôtel de l'Intendance (a). Délogeant ses bureaux qu'il établit rue de l'Oratoire, Fontette transféra sa résidence au château de Tilly qu'il venait d'acquérir et où il séjourna « pour épargner des dépenses de construction à Caen et à la généralité » (4). Plusieurs projets étaient mis en avant au sujet de l'emplacement du futur hôtel. Les uns proposaient le quartier Saint-Jean, plus central, plus peuplé, mais formant une sorte d'île marécageuse. D'autres avaient en vue le quartier Saint- Sauveur, plus excentrique, mais où l'air était plus pur et le terrain
(1) Arch. dép., Orne, série ç», émigrés. Dossier Cordier de Launay. — Lignères, commune du canton du Merlerault (Orne). Cette acquisition lui avait coûté 239,360 liv. Par son contrat de mariage, du 24 février 3781, et par des actes postérieurs, sa femme, Pétronille de la Lande, lui avait apporté une fortune de 370,000 livres.
(2) Almanach royal de 1787. Cf. Inventaire des papiers trouvés dans la maison de Cordier de Launay, émigré, rue du faubourg Poissonnière, par trois commissaires de la section Poissonnière, 3 thermidor an III. Arch. nat., T 1013. Etat des gages et traitements des gens de la maison dudit émigré. Ibid., P 1G86.
(3) Arch. dép., Calvados, C 201.
(4) Ibid., C 204.