AMÉNAGEMENT DE CET HÔTEL
plus solide. Le corps municipal de Caen ne manifestait pas ses préférences, et, pour éviter de nouvelles dépenses, était partisan du statu quo. Fontette se plaignit au contrôleur général « de la mutinerie du corps municipal » et menaça d'établir le siège de l'Intendance soit dans sa terre de Tilly, soit à Bayeux comme l'avait fait Chamillart un siècle auparavant &>.
Les douze paroisses de Caen, dans leurs assemblées particulières, approuvèrent en principe la construction d'un hôtel de l'Intendance, en priant Fontette d'attendre la conclusion de la paix et « de faire contribuer toute la généralité à la dépense » (2). Après avoir pesé les avantages et les inconvénients des deux quartiers proposés, Fontette obtint en 1765 un arrêt du Conseil autorisant l'achat de terrains situés au bout de la place Saint- Sauveur, sur une place récemment créée, à laquelle on avait donné son nom. L'obstination de la municipalité, qui refusa de déplacer les « glaciers publics » (3) établis en cet endroit et dont la ville était propriétaire, fit abandonner ce projet. Fontette demeura dans une maison qu'il avait achetée rue des Carmes et où, en 1769, il fit transférer ses bureaux. La même année, il vendait cet immeuble au roi ; les propriétaires de deux immeubles voisins l'imitèrent (*). Le tout coûta 96,550 livres. Dès 1769 commencèrent les travaux d'appropriation qui devaient aménager en un seul hôtel les trois maisons réunies ; ils furent longs et onéreux. Des agrandissements furent nécessaires quand arriva le successeur de Fontette, Esmangart. Celui-ci, qui n'avait pas de château à sa portée, avait besoin d'une installation plus confortable. Il fallut construire un pavillon sur le jardin, et une aile en retour du corps de logis principal ; une chapelle y fut élevée (5). Les dépenses s'accrurent bien au-delà des prévisions, sans apporter d'amélioration sérieuse. On n'avait réussi qu'à « étayer un logis croulant » (6). A peine arrivé à Caen, Cordier de Launay
(1) Arcli. dép., Calvados, C 205.
(2) Ibid., C 206 et série G non inventoriée. Registre des délibérations des paroisses Saint-Martin, Saint-Nicolas, Saint-Sauveur, Saint-Michel, etc.
(3) Ibid., C 209, 210. Les fonds qui avaient été destinés à cette dépense furent employés aux travaux de canalisation de l'Orne.
(4) Ibid., C 211, 217. Ces deux propriétaires étaient Mmc de Chazot et Cairon de la Mothe.
(5) Ibid., C 222, 3085, 3091. De 1776 à 1783, Esmangart obtint, à force de demandes réitérées, et tn se heurtant à une vive résistance des contrôleurs généraux des finances, des sommes qui lui furent successivement accordées sur les fonds libres de la capilation, et dont le total monta à 68,928 livres. Arch. nat., H1 1408.
(6) Letlrc d'Esmangart au contrôleur général, 8 décembre 1782. Arch. nat., H1 1408.