CHAPITRE Vin
Recherches historiques récentes.
|A révolution de 1S48 produisit un heureux changement. On supprima la censure. Cependant un reste d'intolérance pesait encore sur les catholiques, malgré le caractère modéré de la constitution. Ainsi un Journal catholique fut frappé d'interdit, à Cologne, en 1855. La liberté ne fut garantie que par la loi de V empire sti^r la presse, en 1S74. Aussitôt les savants catholiques se mirent à l'œuvre ; ils ne reculèrent devant aucune fatigue, aucune recherche, aucun travail, pour rétablir le règne de la vérité. Pressés par la charité divine de ramener à la vraie foi leurs frères qu'ils voyaient avec douleur séparés du sein de leur mère, l'antique église catholique, par les manœuvres infâmes d'un moine apostat, ils dirigèrent leurs recherches et leurs travaux tout spécialement sur certaines questions historiques restées longtemps obscures par un concours de circonstances malheureuses, et dont la solution avait tant d'importance pour l'église chrétienne d'/^Uemagne.
Le terrain était brûlant. Animé d'un zèle aussi ardent que généreux, favorisé d'ailleurs par des circonstances exceptionnelles, le savant D'' Paul Majunke (') entreprit.
(1) Né le 14 Juillet 1842, à Gross-Sclimogran, arrondisse^nent de Wohlau, en Silésie, Paul Majunke fit ses études au gymnase royal catholique de Breslau et suivit, pendant trois ans, le cours de droit à l'Université. Il se consacra ensuite à la théologie. Reçu docteur à Rome et ordonné prêtre, il revint en Silésie où il écrivit quelques brochures de politique ecclésiastique. Pendant le Concile du Vatican, il alla rédiger, à Cologne, avec la
parmi beaucoup d'autre travaux, la tâche de remettre en lumière la vérité, longtemps obscurcie, sur la Fin de Luther.
Travailleur infatigable, il réussit à retrouver les documents historiques universellement connus au XVI'^ et au XVI I'^ siècles, mais peu à peu tombés en oubli, par suite des circonstances que nous avons racontées (^).
Nommé curé à Hochkirch, le D"" Majunke trouva, dans son presbytère, une bibliothèque considérable que son prédécesseur, le rév. Aurel Meinhold, protestant converti, avait héritée de son père, Guillaume Meinhold, écrivain de
permission de son évèque, la Kölnische Volkszeitung. Après le Concile, il rentra en Silésie, d'où il repartit bientôt pour aller diriger, à Berlin, la rédaction de la Germania. Député au Reichstag, en 1874, pour la régence de Trêves, puis député de la diète, en 1S78, pour les arrondissements de Kempen- Geldern, ses travaux l'obligèrent de renoncer à la direction de la Germania. 11 écrivit alors la Correspondance lithographique destinée à renseigner les feuilles catholiques dans son paj'S et à l'étranger. Rappelé par son évêque en 1884, il est, depuis lors, curé d'Hochkirch, en Silésie. Outre une quantité de brochures, le D'' Majunke a composé quatre ouvrages sur Luther ; l'Histoire du O.dturkampf et les Mensonges historiques. (1) Mgr Jean Janssen, l'illustre auteur de l'Histoire d'Allemagne, n'avait pas réussi, comme le prouve la longue liste des sources citées en tète de son ouvrage, à puiser aux sources, que le vaillant D'' Majunke est parvenu à mettre au jour, j^ràce à la précieuse bibliothèque Meinholdienne dont il a hérité et aux consciencieuses recherches auxquelles il s'est livré. D'ailleurs Janssen, dans son œuvre, avait une mission plus large à remplir; il n'avait pu s'occuper en détail d'une question aussi spéciale que celle du a drame » de la mort de Luther, sans nuire à son chef-d'œuvre d'/fw/ow générale. De plus l'éminent écrivain publiait le volume de son Histoire, qui traite spécialement de Luther, à une époque, où le Kulturkampf avait atteint en Allemagne son paroxysme, en un temps de surexcitation où l'auteur devait compter avec des motifs d'opportunité, qui devaient l'angager à ne pas lancer dans un public si mal disposé un ouvrage sur la mort peu naturelle de Luther. Toutefois le savant auteur, dans son deuxième mot aux critiques, p. loi, assure qu'il eût volontiers écrit aussi un ouvrage spécial sur Luther. Nul doute, que dans ce travail il n'eût examiné aussi la question de la fin de Luther. Malheureusement la mort l'empêcha de donner suite à ce desein. De même, le cardinal Hergenrf')ther fut, lui aussi, enlevé avant d'avoir pu achever son ouvrage sur Luther. Le 9*^ volume de la Conciliengeschichte de Mgr Hcfele, qui fut publié en 1890, et qui traite spécialement de Luther et de la propagation du protestantisme, ne va que jusqu'à l'année 15J7.
talent C). Aurel Meinhold, le fils, devenu plus tard curé catholique de Hochkirch et mort prématurément, à l'âge de quarante-quatre ans, légua à ses successeurs sa vaste bibliothèque composée, en très grande partie, d'ouvrages protestants fort précieux pour l'histoire. Dans cette riche collection d'ouvrages rares et curieux, le D'' Majunke découvrit des pièces qui lui donnèrent d'abord lieu de croire que Luther n'avait pas dû mourir, comme on le racontait et comme on le croyait généralement. Confirmé dans cette pensée par une allusion faite à ce sujet, dans les Lettres de Hambourg, que la Germania publiait, en 1883 ('), sous forme de feuilleton, il poursuivit ses recherches avec plus d'ardeur. Les livres protestants de la bibliothèque meinholdienne l'aidèrent, par les indications qu'ils lui fournissaient en soutenant l'opinion contraire, à remonter jusqu'aux sources. Le vaillant chercheur parvint à réunir ainsi de nombreux documents établissants la vérité sur la mort de Luther.
La vérité lui étant une fois connue, il s'empressa de la répandre; il publia, dès i88g, son premier ouvrage : La fin de Luther.
Ce fut un coup de foudre! Les luthériens ne connaissaient plus de leur fondateur que sa figure légendaire de saint et de prophète !
Ce fut de toutes parts un concert de violentes invectives contre les calomniateurs catholiques et leurs complices.
(1) Il publia avec succès Le fidèle chevalier Hager, roman historique en deux parties dont la deuxième était écrite par Aurel Meinhold. Dans la première partie de l'ouvrage du pasteur protestant, on trouve un récit de la mort de Luther, dans lequel l'auteur raconte que l'un des deux médecins d'Eisleben, dés qu'il eût vu l'horrible cadavre de Luther revint immédiatement au catholicisme.
(■-) Elles ont paru, depuis, sous le titre; Chrétien ou Anticliréiien? Berlin, Germania.
c'est-à-dire, le D'' Majunke et ses auteurs. Plus de quatrevingts journaux protestants, sans compter les revues et les brochures, et, à leur tête, les trois astres de la théologie protestante, MM. Kolde, Kawerau et Köstlin, firent des efforts désespérés pour sauver la sainteté àe leur patriarche. Mais quel fut le résultat de cette bruyante querelle? .
Pas un adversaire du D"" Majunke ne fournit une seule preuve contre l'authenticité des textes invoqués par l'historien catholique et la sûreté de ses sources.
Tous prouvèrent qu'ils ignoraient absolument des choses, qu'il leur importe beaucoup de. connaître.
On ne peut qu'admirer la résignation d'écrivains en.renom, qui consentent à publier des élucubrations pareilles. Ils essayèrent de dissimuler leur ignorance et la pauvreté de leurs prétendues réfutations, sous des périodes déclamatoires et des récriminations éloquentes; mais s'ils réussirent, par ces procédés, à détourner l'attention des esprits superficiels, ils confirmèrent la thèse du D"" Majunke, aux yeux des hommes sérieux, qui, dans un débat public, attendent au moins un bon argument sur le sujet en question.
Le D"" Majunke répliqua sans peine aux diatribes vides des luthériens ; bientôt les feux de l'ennemi s'éteignirent et le champion catholique resta maître du terrain.
Au cours et à la suite de cette longue polémique, le D"" Majunke publia trois autres ouvrages : i° La Critique historique de la fin de Lîither; 2° Un dernier mot aux luthériens; ^° Le Testament de Luther à la nation allemande.
Il nous a paru bon que cette grande question historique de la fin de Luther fût étudiée par les catholiques et par les protestants de tous les pays.
Puissions-nous avoir aidé à ce résultat ! Puissions-nous surtout, en offrant aux protestants l'occasion d'appliquer à cette question leur principe du libre examen, les conduire à
reconnaître, à se démontrer à eux-mêmes, que Luther ne fut qu'un révolté vulgaire, sans mission soit pour réformer, soit pour fonder^ sans aucune des vertus chrétiennes qui méritent la vénération des peuples, sans même cette dignité humaine et naturelle qui attire leur estime; qu'après comme avant Luther, l'œuvre divine et les conditions du salut restent les mêmes, et qu'il n'existe enfin, pour les âmes et pour les peuples^ qu'une seule arche d'alliance, un seul refuge, un seul port: V Église sainte, catholique, apostolique, toujours gouvernée par Jésus-Christ et dirigée, en son nom, par la papauté infaillible et immortelle.
BR 326.8 .M3314 Majunke, Paul, La fin de Luther
1893 SMC 47234608