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CHAPITRE VII

Suppression des témoignages et des documents relatifs A LA FIN de Luther. Causes du long silence de l'histoire.

A fin scandaleuse de Luther ne fit jamais l'objet d'un ! doute parmi les catholiques, pendant le siècle cjui suivit. Au contraire les écrivains admirent généralement et propagèrent le fait du suicide. Plus tard, pendant les troubles profonds qui accompagnèrent la guerre de trente ans, on ne s'occupa plus de l'incident. Mais le fanatisme luthérien veillait. Les chefs du parti n'oulDliaient pas qu'il existait des documents compromettants, des récits accrédités et répandus dans le public. Ils profitèrent des bouleversements causés par la guerre et la révolution pour rechercher, saisir et détruire tous les écrits qui pouvaient édifier la postérité sur la mort de leur prophète . Rien ne leur échappa, aidés comme ils l'étaient par des gouvernements protestants, fort intéressés dans l'affaire. C'est ce qui explique la disparition de tant de pièces et de monuments historiques. Les ouvrages de Bozio et de Sedulius tombèrent dans l'oubli, même parmi les catholiques (').

A l'oubli succéda bientôt l'erreur causée par V Histoire

(1) La grande bibliothèque de l'université de Breslau est composée des ouvrages de tous les couvents silésiens supprimés en i8ir, et de ceux de l'université protestante de Fraricfort sur l'Oder. Ces ouvrages furent réunis la même année avec les livres de la bibliothèque de Breslau. L'ouvrage de Sedulius « Prœscriptiones etc. » qui se trouve actuellement à Breslau, provient de Francfort. Il en résulte, ou bien que les couvents ne l'avaient pas acheté à cause de la pénurie des temps de guerre, ou bien, si l'ouvrage s'y trouvait, que l'administration de la bibliothèque prussienne l'avait détruit, tandis que tous les ouvrages de Francfort pouvaient, grâce à leur provenance protestante, passer à Breslau sans inspection préalable. On sait d'ailleurs que les luthériens ne cessèrent jamais de protester contre les soupçons des catholiques sur la mort de Luther. Cfr. par ex. Bayle, dans son Dictionnaire historique, art. Luther, ainsi que tous les biographes luthériens allemands jusqu'en i883, alors que les catholiques s'étaient tù depuis longtemps à ce sujet.

de Florimond de Rémoiid, traduite en latin d'abord, puis en allemand. Pendant assez longtemps, cet ouvrage jouit seul de la faveur publique. Or V Histoire de Rémond n'était pas seulement un livre superficiel, dépourvu de toute critique ; mais, de l'aveu de tous aujourd'hui, c'est un travail qui fourmille d'erreurs (').

C'était là cependant le seul monument catholique accrédité à cette époque. Du côté des protestants, on s'en tenait à VHistoria de Jonas, traduite dans toutes les langues et considérée comme unique source historique.

Dans les temps qui suivirent, les écrivains catholiques furent mis dans l'impossibilité de rien publier de tant soit peu défavorable au Protestantisme (^).

Dès le milieu du XVIIP siècle, l'impiété voltairienne, le Joséphisme et le Fébronianisme conjurés contre la puissance des papes favorisèrent la domination du parti protestant. L'empereur franc-maçon Joseph II cherchait alors à réunir protestants et catholiques en une seule église catholique-allemande. La censure des livres, ôtée aux docteurs catholiques, fut confiée aux ennemis de la papauté, qui supprimaient avec la dernière rigueur tout ce qui pouvait nuire à la cause des protestants. Le censeur impérial Dannemayer qui se distinguait entre tous par une révoltante partialité n'aurait jamais toléré la publication d'ouvrages comme ceux de Bozio et de Sedulius, capables d'écraser l'hérésie sous le poids de leurs révélations. Les censeurs des pays situés au sud et à l'ouest de l'Allemagne s'inspiraient de la même haine à l'égard du pape et des catholiques ; mais l'intolérance ne régna nulle part comme en Prusse. Contre le catholicisme, aux yeux de Frédéric II,

(1) Voir plus haut, p. Sa, note.

(-) Le dernier écrivain catholique qui traita cette question fut le P. Krause, jésuite, auteur d'une grand nombre d'écrits contre le Luthéranisme.

toutes les armes étaient bonnes : par contre, il lui interdisait tous les moyens de défense. Ce roi, libre-penseur et philosophe à sa façon, composait lui-même des pamphlets sur feuilles volantes, les imputait aux catholiques, et même, en fidèle imitateur de la satanique effronterie de Voltaire, ne craignait pas d'y faire graver frauduleusement le nom de Rome comme lieu d'impression (') ; il inventait même des brefs au nom du pape et les faisait traduire en latin par le marquis d'Argens.

La rigueur et la partialité de la censure persistèrent sous les deux successeurs de Frédéric. Les luthériens jouirent d'une influence tellement exclusive qu'aucun livre catholique ne put paraître. Si par hasard il en passait quelqu'un à la frontière, les espions luthériens ne tardaient guère à le découvrir et à le dénoncer à la police qui le supprimait aussitôt.

Comme on fit disparaître la Postule de Leipzig (^) par Georges Wizel, savant protestant revenu au catholicisme eiî 1539» ainsi l'on supprima la réfutation du Lntherns defensus de Müller, par Charles de Kreutzen (Brunswick, 1655). A Zurich, en 1706, on brûla publiquement un écrit intitulé ; Briève preuve que la religion luthérienne, zw inglienne et calviniste n'est qu'un manteau de mendiant, rapiéceté de loques pourries. On y lisait, entre autres passages suspects : Lutherus a diabolo suspensus et suffocattis est. Luther ßU pendu et étranglé par le diable. On ne manqua pas de rechercher aussi les écrits de Sedulius. On en saisit probablement beaucoup qui furent détruits ; mais la Providence permit qu'on en préservât aussi plusieurs de la fureur des hérétiques (^).

Ci Luther en avait fait autant, voir p. 55.

\-) On brûla le manuscrit avec les exemplaires imprimés. L'auteur dut se réfugier à l'étranger, et l'éditeur fut jeté en prison.

(•^) Dans le sud de l'Allemagne catholique, il existe encore des exemplaires de l'ouvrage de Sedulius.

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