‹ La fin des dieuxChapitre 113 sur 130 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

certains faits delà vie du Christ, lesautres ont donné lieu à des fictions au sujet de cette vie.

NORBERT

Sois loyal, Terpandre ; pourquoi ne pas dire : Je repousse en bloc toutes les prophéties, parce qu'impossibles ?

TERPANDRE

En effet, c'est ainsi que je devrais parler. Vois-tu, frère Norbert, nous vivons sur deux îles qu'aucun pont ne pourra joindre. Rappelle-toi le mot amer de ton Christ à sa mère : « Femme, qu'y a-t-il de commun entre toi et moi ? » De même entre nous, moine. Dieu, la vie future, l'immortalité de l'âme, ce sont là questions de métaphysique auxquelles la Science est étrangère, impuissante qu'elle est à les démontrer ou à les réfuter. L'étude des Deux Testaments ne peut que nous confirmer, toi dans tes croyances, moi dans mes négations. Ce sont là vérités que j'aperçois, main-

tenant. Moi aussi j'ai hurlé de rage sur la trace des Dissidents , j'ai voulu sauver les âmes en sacrifiant les corps ; sous ma robe de pourpre a battu un cœur aussi farouche que sous ton froc de bure. Mais le soir des désastres etla mort prochaine font rayonner une lumière inconnue aux sains et aux vainqueurs; et c'est àcette clarté, que je découvre bien des choses. Tu ne comprends pas, légat du Souverain- Pontife, peut-ôtre me comprendras-tu à ton lit de mort, si tu meurs vaincu. Restons ce que nous sommes, mon ennemi, n'essaie pas de me convertir pas plus que je n'essaie de te convaincre ; toutes les fois sont respectables ; tu mourras en saint ou en martyr, et ton âme s'exhalera dans un baiser suprême vers les lèvres pâlies de ton dieu ; laisse-moi m'éteindre en souriant dans la joie sans borne de me sentir rentrer dans le néant ; ô prêtre du Ghrist,laisse-moi mourir en prêtre de Minerve !

NORBERT

Mais cette Minerve, Terpandre, tu ne peux

Page 1