SCENE VI
NORBERT seul, puis EUSTAGHE DE MONT- LHÉRY, GLÉOTAS
NORBERT
Seigneur, préservez-moi de la tentation ! Peut-être la bouche du Malin soufflai t-t-elle cette tiède clémence qui vient d'amollir mon âme ? Le prince Gléotas a du s'enfuir ; qui sait s'il ne recommencera pas la guerre ? L'heure du pardon est-elle bien sonnée, Seigneur?
eustache [entrant avec une escorte et un
captif)
Frère Norbert, voici le dernier des chefs rebelles ; il s'est battu comme un héros et sa capture nous a coûté plus de bons chevaliers que la prise du donjon. Avant de mourir sous
la hache il a voulu te parler, et par estime pour sa vaillance, j'ai consenti.
C'est bien, Eustache, tu peux te retirer. Entends-tu, comte de Montlhéry, laisse-nous seuls, le prisonnier et moi.
EUSTACHE
Moine, je ne le peux. Ce jeune homme est d'une force étrange ; il te tuera.
NORBERT
Ne crains rien, Eustache, il ne me tuera pas.
EUSTACHE
Mais il t'apitoiera peut-être : un prêtre est une femme ; ses larmes peuvent te toucher.