‹ La fin des dieuxChapitre 126 sur 130 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

h que vos âmes sont fortes et que, pas plus qu'à moi, la mort ne vous fait peur. Heureux qui termine ses jours par le martyre ; si ardente a été la prière de toute ma vie que Dieu ne me le refusera pas à moi !

C'est le zèle de vos âmes, non de vos corps, qui me dévore I Qu'importe le grésillement des chairs si, comme le Christ du tomheau, l'âme sauve s'envole ? Ah ! pauvres enfants, qu'estce qu'un bûcher qui flambe et déjà s'éteint à côté des flammes noires où hurle l'Eternité du dam?

Voilà ce qui m'épouvante pour toi, Cléotas, déplorable victime de cet enfer, et pour toi plus encore, Chryséis, ma sœur, en qui j'avais mis toute ma dilection et qui l'a trahie, nouvelle et plus coupable Eve, perverse et trop enchanteresse.

CHRYSÉIS

Vieillard, de quels mots te sers-tu? Suis-je un homme pour distinguer le bien du mal? J'ai suivi mon amour et je suis sûre que mes

dieux m'ont approuvée ; si le tien m'a blâmée, je crache sur lui !

NORBERT

Est-ce bien toi qui parles, ô ma sœur ? As-tu donc abjuré toutes les joies mystiques? Il ne te souvient plus, ô Chryséis que j'appelais Marie, du ravissement qui t'inondait l'âme quand tu priais dans la crypte de Sainte- Marthe écrasée sous le cintre des voûtes, au son lointain de l'orgue éclatant dans l'église supérieure toute vibrante de soleil. Tu étais heureuse alors, ô ma fille, tu blêmissais sous le baiser lilial de la Vierge descendue de son vitrail, et ton âme pâle fondait d'amour comme une cire.

CHRYSÉIS

Tais-toi, homme chauve ! Grois-tu me ramener à ton Dieu ? Je me suis abreuvée à la table des Immortels et je n'ai que dégoût pour ta fade Eucharistie. Je suis la vierge de Scyros, la fille des anciens dieux ; je porte sous mes

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