‹ La fin des dieuxChapitre 27 sur 130 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

pas détourner ta face de tes ennemis, écoute la prière d'un neveu du Tétrarque que son oncle persécute et dont le procurateur de Rome repousse la supplication. Je m'appelle Hyrcan, fils de Philippe, citoyen de l'illustre cité de Corinthe. A peine arrivé au palais du Tétrarque, il y a trois mois, j'ai senti mon âme embrasée par le flambeau de Vénus à la vue de l'adorable Salomé, fille d'Hérodiade, la femme de mon oncle ; nulle vierge ne danse plus lascivement les ondulations orientales, et quand son corps nu sous la gaze frissonne de volupté sur ses pieds immobiles, nul homme, pas même toi, ô divin Maître, ne pourrait durcir son cœur assez pour émousser les flèches d'Eros, et tu comprendrais bien que le Basileus, pour un de ses sourires, ait envoyé prendre le Mangeur de sauterelles dont elle avait demandé, en zézayant, la tête !... Les Dieux Immortels furent-ils, du haut de l'Olympe, jaloux de notre bonheur ? Une nuit, sur la terrasse où nous contemplions les étoiles s'abaisser derrière le Liban, le Tétrarque nous surprit et sa vengeance fut atroce. Je pus fuir à temps, mais

Salomé lui resta ; il la fit enchaîner toute nue à un roc sur le bord torride de la mer de Joppé, et ses incantations magiques demandent à Satan, prince des Ténèbres, de faire naître un monstre marin qui la dévorera. Dans cette affreuse solitude de sable, la pauvre condamnée scrute l'infini des flots et frissonne d'horreur quand la vague bouillonne au loin plus étrangement, ou quand un grondement inattendu lui fait présager l'approche du monstre. Morne, et ses larmes roulant sur sa nudité comme des perles, elle s'écrie :

GHRYSÉIS

« 0 mes doux jours d'enfance où j'allais avec mes compagnes cueillir les fruits du sycomore et les figues de cactus, où sur les hauts-lieux, au grondement des tambourins sacrés nous rôdions par les tentes des prêtresses, en attendant l'âge des prostitutions saintes ; beaux jeunes hommes avec qui nous conversions, accoudées sur la margelle des puits ou accroupies aux portes des villes ; festins du Tétrarque où fumaient

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