‹ La fin des dieuxChapitre 40 sur 130 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

logique, elle ne prévaudra pas contre la passion. De quel secours seront vos amalgames et vos découvertes pour raviver ces pauvres fleurs languissantes qui meurent d'un baiser perdu ?

TERP ANDRE

Nous les appellerons à de nouveaux baisers sous lesquels les anciens disparaîtront comme un sillage de galère ! Dans le monde radieux que nous rêvons, le bruit des caresses peu" plera seul l'air ; il n'y aura ni regrets ni jalousie ; l'amour ne sera plus un feu rare dont quelques couples se disputent rageusement les étincelles, ce sera une nappe de flamme infinie, une atmosphère! Cessez donc vos pleurs, ô dédaignées ; le temps est passé des vœux indissolubles ; cloîtres, in-pace, mariages, toutes les éternités tombent en poudre.

Venez à nous, nous seuls pouvons endormir vos rancœurs : mêlez-vous à nos joies, oubliez vos anciens amants et choisissez en de nouveaux plus dignes d'amour, car rien n'est éternel ici-bas, et la sagesse est d'agripper les

joies capricieuses et de ne se cramponner à rien de ce qui peut nous échapper !

GHRYSÉIS

Terpandre, je ne te connaissais pas ce langage ; il m'effraie.

CLÉOTAS

Ne crains rien, Ghryséis adorée ; notre amour n'est pas de ceux qui s'éteignent comme des lampes sans huile. A l'âge où les sens s'ignorent, nous nous recherchions déjà, et les mêmes vallons nous voyaient pousser nos troupeaux vers les mêmes champs de cytise ; de même, quand l'âge sera venu et que nous serons rentrés dans notre douce île de Scyros, nous vieillirons comme deux corneilles et nous réaliserons, quand nous serions les seuls, le doux idéal des serments éternels.

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