‹ La fin des dieuxChapitre 55 sur 130 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

père, quand me mèneras-tu dans la solitude de Psalmodi ? Comme il me tarde de me perdre dans la pinède déserte, au milieu des lagunes maladives, et d'ouïr le chant lointain des psaumes couvrir le cri des cigales diurnes et des grillons nocturnes. Là seulement, mon âme se sentira rassurée contre les pièges de l'Immonde.

NORBERT

Dieu à une légation plus sainte, ma fille, te réserve. C'est sur toi et sur tes sœurs que je compte pour arracher l'Occitanie à l'Antéchrist. Messagères de l'antique croyance, vous irez de bourg en bourg prêchant la volupté de la souffrance, l'amour de la pauvreté, et vous recommencerez l'apostolat des Saintes Femmes qui vinrent semer le bon grain dans la Gaule. C'est pourquoi, je ne t'appellerai plus Chryséis, ô ma sœur en Jésus, mais Marie.

CHRYSÉIS

Ne me quitte pas, mon père ; je pressens je

ne sais quel danger que je n'ose affronter sans ton aide.

NORBERT

Que pourrais-tu craindre, ma fille ? La Cité respecte en toi l'hôtesse du roi, et quant aux périls plus intimes, il sera temps d'y aviser quand les guetteurs auront vu blanchir à l'horizon les voiles du prince Gléotas.

{Il sort.)

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