ACTE SECOND
C'est elle qui te défendra de la tentation ; mais souviens-toi, ma fille, qu'il te faudra lutter.
CHRYSEIS
Je lutterai, mon père. J'ai abdiqué les joies profanes ; je tiendrai mon vœu, quand j'en devrais mourir. Pourtant, je mentirais, saint homme, si je prétendais inutile l'aide de la Grâce opérante : il est des jours où le Rusé s'acharne A mon tourment, où je perçois ses embûches dans la langueur des zéphires, dans la suavité des exhalaisons, où je sens qu'il me vaudrait mieux fuir si je voyais se dresser le prince Cléotas, mais hors de ces défaillances, mon cœur de diamant reste insoluble à toutes les larmes, même aux siennes. Je le sais, je suis l'Hostie qui sauvera l'île de Scyros de la colère du Très-Haut, et ce serait sacrilège de balancer le bonheur d'un seul et le salut de tout un peuple.
NORBERT
Dieu t'entende, ma fille ; mais, couverte comme tu l'es par le bouclier des Archanges, ne crains pas d'affronter le prince Gléotas ; sa conversion réjouirait l'Eglise Triomphante, car elle assurerait la victoire de sa sœur, la Militante, dans ce beau royaume d'Occitanie où sonnait seul naguère le ricanement du Démon qui en avait fait son apanage.
chryséts
Oh! être recluse dans une logette murée, ermite au creux d'un roc, stylite dans le désert! J'ai soif de solitude et de mutisme ; le calme ne me sera jamais assez sépulcral pour jouir des pacifications que je thésaurise en mon for internel. Oh I ces cubes blancs qui s'accrochent dans l'azur aux flancs de l'Athos où les moines hissent leurs provisions avec des cordes ! Vivre là, blanchoyer comme une nébuleuse dans la nuit douce, se consumer en parfum comme un cierge, et ne rien voir, ne rien entendre s'éteindre !... Mon père, mon