ACTE SECOND
ensemble, toi, offrir au Christ du lait et des fleurs, moi, sacrifiera son Idée un jeune chevreau blanc. Ma religion c'est toi, ô mon amante ; instruis moi ; que m'importent les dogmes ? Je les croirai dès qu'ils seront les tiens !
CHRYSÈIS
Ah ! pouvez vous parler ainsi ? Dieu ne demande pas à nos cœurs la pourpre de l'amour profane mais la pâleur candide de mystique tendresse. Malheureux Cléotas, est-il possible que tu me comprennes pas ? c'est ton âme que j'aime, entends-tu ? et tes paroles, en voulant charmer ma blessure, en ont exaspéré la dolence.
CLÉOTAS
Eh bien, je ne parlerai plus ainsi. Vois-tu, mon adorée, il faut m'être indulgente. Je reviens delà plage africaine où j'ai passé trois mois à abattre, nouvel Héraklès-Archange, les armées toujours renaissantes du Khalife de Garthage.
Partout, sous le plafond frissonnant des palmes, dans la désolation des lagunes, dans les couloirs serpentant entre les grands murs blancs, ton image plus ensoleillée que le plein midi hantait mes yeux. Pour te revoir plus tôt, Chryséis, j'ai manqué à la présence du Chef dans son armée, j'ai abdiqué le projet du Triomphe sur le fleuve, et quand je te revois enfin, ta voix glacée me parle de je ne sais quels rites que j'accomplis mal, de légendes que j'admets et d'exactitudes que j'ignore. Que puis-je faire de plus, ô ma bien aimée, que de te dire: Ce vrai et ce faux, tu m'en instruiras, tu me sauveras puisque j'ai besoin d'être sauvé. Aime moi donc en retour, ô mon adorée, mon Ame a soif de ton âme et mes lèvres de tes lèvres. Sitio ! Ce cri d'angoisse que le Christ lançait vers son père, c'est vers toi que je le crie ! Un baiser, Chryséis ! Un baiser ou je meurs !
CHRYSEIS
Jamais ! Gléotas ! jamais ! Dieu, que viens-tu de dire ! Qu'est un baiser en regard des délices