‹ La fin des dieuxChapitre 61 sur 130 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

paradisiaques que tu perdrais, des éternités douloureuses que tu encourrais?

CLÉOTAS

Quel langage inattendu ! Chryséis ,

fille d'Hippomanès, vouée à Anadyomène, surnommée, là bas, Au-cou-d'ivoire, ici, Douce-lablonde, est-ce bien toi que j'entends ? Tu te détournes de moi, tu me refuses un baiser, tu me fuis... Ah!.... Ah ! Malheureuse!.... Malheureuse ! tu en aimes un autre !

CHRYSÉIS

Seigneur, ayez pitié de ce pauvre insensé ! Seigneur, protégez celle qui se fait gloire d'être à vous pour les siècles des siècles !... Moi, en aimer un autre? OCléotas, suis-jedonc ravalée dans ton esprit au rang de la plus souillée des courtisanes? De quel droit m'injuries-tu, méchant ? Quel autre pourrais-je aimer, aveugle qui ne vois pas mon combat intérieur contre la réalité crue mauvaise !

CLÉOTAS

Mais alors, par le Christ tonnant, parle-moi, dis-moi que tu es ma fiancée, que tu m'aimes ?... Parle !... Mais non, elle se tait ! Ah pitié, pitié, Ghryséis, je ne comprends pas, je ne devine pas, mon cœur se brise de désespoir ! Tu ne veux plus de mon amour et tu dis ne pas en aimer d'autre !

CHRYSÉIS

Celui que j'aime, ô prince, est au-dessus de votrejalousie : c'est Dieu lui-même, c'est le Christ, l'Agneau-hostie, l'Epoux des Veuves et des Vierges consacrées. Il m'est apparu à plusieurs reprises, triste de ses grands yeux bleus et de ses cheveux d'or roulant sur ses épaules meurtries ; il est venu à moi en glissant sur un rayon de clarté, il m'a montré ses plaies qui rougissaient sa robe blanche, et sa voix douce m'a dit : « Ici je suis crucifié une seconde fois. » Ses larmes ont coulé comme un ruisseau à la fonte des neiges. « J'avais moins

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