ACTE SECOND
CHŒUR DES SUPPLIANTES
Si les cavaliers célestes ne vous effraient pas, hommes de peu de foi, peut-être tremble rez-vous devant les cavaliers du Nord ! Encore trois mois, et Arles ne sera plus ! Faites pénitence, couvrez-vous de cendres, mangez votre pain cuit avec des excréments, et nourrissezvous de sauterelles, si vous ne voulez que les hommes du Septentrion viennent ensanglanter vos villes et emmener vos femmes et vos filles en longues files de captives, la fourche au col.
NORBERT
Allez, allez, ô vierges. Par la ville, dans les ténèbres, répandez-vous avec des clameurs, et que les habitants effarés se réveillent en sursaut croyant ouïr les clairons de l'Abîme. Agitez devant leurs yeux le spectre des flammes infernales ; allez, allez, ô messagères du Christ !
(Les chœurs s'éloignent).
CHRYSÉIS
Mon père, ne m'envoie pas seule dans les ténèbres. Ma voix est plaintive et ce n'est pas autrui qu'elle frapperait d'épouvante. Hélas, j'ai épuisé ma force... Mon père, laisse-moi m'ensevelir dans quelque cloître où je prierai, ardemment parce qu'en sûreté, pour le couronnement de ton Œuvre.
NORBERT
Ma fille, c'est par l'exaltation de l'effort que tu éteindras la dernière étincelle de l'amour profane. De la lutte nul n'a le droit de s'enfuir au pied des autels. Va, ma fille, va sonner sur la ville les cloches de la terreur mystique, et si tu rencontres Gléotas dans une bande de débauchés, ne le redoute pas, Marie, l'esprit du Seigneur t'ombre de son aile et te sacre invincible au Pervers.
CHRYSÉIS
Que ta volonté soit faite, mon père. (Norbert sort).