‹ La fin des dieuxChapitre 9 sur 130 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ble à une déesse, et recherchée par tant de troubadours languedociens ?

STEPHANETTE

0 mon bel Alkibiadès, quel jeune homme de ma patrie se pourrait comparer à toi ? Au lieu de bouffer barbarement sous une toque à plume de héron, tes cheveux noirs tombent en spirales parfumées d'une bandelette de pourpre; tes pieds nus dédaigneux des escarpins à poulaine reposent sur des semelles d'or maintenues par des rubans croisés, et ton beau corps, loin de s'accuser sans modestie dans d'étroits vêtements, se drape dans un harmonieux manteau bordé d'oves et de palmettes.

Et toi, ma douce Ghryséis, ne regrettes-tu pas les rivages ensoleillés de Scyros, les platanes séculaires de ta maison et l'opaque fraîcheur de leur feuillage, la fontaine où tu allais remplir ton amphore, les prés où tu paissais les troupeaux de ton père, et tes compagnes rieuses

qui se baignaient, couronnées de nénuphars, dans les eaux rurales ?

CHRYSEIS

Que pourrais-je regretter, Gléotas ? Sans toi, Scyros ne me serait qu'un désert affreux retentissant seulement de mes plaintes. D'ailleurs, sous ce beau ciel de Provence, nous avons retrouvé une patrie seconde ; comme là-bas la vigne escalade les garrigues, les cyprès noirs font tache près des capitelles blanches, les cigales s'égosillent sur les pins, et les élégants éphèbes dansent en se tenant par la main autour des statues et des colonnades.

CLÉOTAS

C'est vrai, et cependant je ne sais quel pressentiment m'inquiète ; nous sommes des étrangers et je crains la jalousie des Autochtones ; je ne suis qu'un soldat, et malhabile aux discussions théologiques ; mais je devine l'antipathie des vieux moines à la tête rase et à la longue barbe blanche. Qui sait aussi si les Arlésiens

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