‹ La fin des dieuxChapitre 97 sur 130 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

LE ROI D ARLES

Il y aurait eu une Latinité, ce qui vaut mieux qu'une Gaule.

FRERE NORBERT

Eh bien, nous ferons, nous, une Chrétienté, ce qui vaut mieux qu'une Latinité. Nous aussi avons nos savants et nos artistes que consume également le noble souci de l'humanité, et dont l'âme n'est pas gangrenée d'orgueil. Tes érudits s'affolent d'avoir ajouté quelques phrases au catalogue des exactitudes ; que sont leurs visées à côté de nos hardiesses ? nous voulons une science nouvelle, un art original, une société neuve, nous bâtissons pour les siècles. Qu'importe que nous fondions encore, quand déjà les architectures rivales s'étalent légères? un jour viendra où leur échafaudage tombera en morceaux, tandis que notre œuvre contera jusqu'au soir des temps la gloire de notre religion dont elle lèvera l'emblème.

LE ROI D'ARLES

Dieu t'entende, frère Norbert, ce serait le pardon de bien du sang versé !

FRÈRE NORBERT

Un penseur comme toi s'arrête-t-il au sang? As-tu jamais pleuré sur les milliers de vies qui font ta nourriture ? Pourquoi m'apitoierais-je sur les quelques cadavres qu'a exigés le grand œuvre ? Qu'importent les esclaves dévorés par les pyramides du Pharaon ? L'arbre des civilisations ne croît que cruellement taillé. Des cent mille chevaliers que tu conduisis en Palestine, au temps de ta jeunesse, combien sont revenus ? Te crois-tu pour cela coupable devant Dieu?

LE ROI I)' ARLES

Non, parce que l'Evangile vaut encore mieux que le Coran.

Page 1