ACTE TROISIEME
je mourrai dans les désastres. Sauf les traîtres de la première heure, tous les miens sontmorts; morts mes alliés, morts mes vassaux, morts mes fils ; que puis-je faire, sinon mourir ? Va-t-en, moine, cesse d'épier mes défaillances dernières. Reconnais-le en sortant vivant de mon donjon : nous valons mieux que vous qui percez d'un fer rouge la langue de nos députés. Va-t-en, moine osseux et chauve, va-t-en, chacal qui suis le tigre, laisse mourir en paix le vieillard de Provence !
FRERE NORBERT
Quelle était belle, 6 roi, ton Occitanie ! Les empereurs t'écrivaient : mon frère ! les sires te baisaient sur l'épaule, les évêques t'offraient l'encens comme à Dieu ! Et ce Parage, il ne tient qu'à toi de le faire revivre ! Le vieux Raymond n'est-il pas toujours comte de Toulouse ? imite-le, fais amende honorable de tes crimes, et tu rentreras en Arles ; trésors, soldats, galères, palais, chefs-d'œuvres, tout te sera rendu.
LE ROI D ARLES
Mes pauvres savants ! Mes pauvres artistes !
FRÈRE NORBERT
Tu pleures ?
LE ROI DARLES
Gomment est-il tombé, ce chêne gigantesque qui couvrait la Chrétienté de son ombre, des racines duquel naissaient les sources vives, où se rassemblaient les oiseaux du ciel, où s'épanouissaient les fleurs ?
FRÈRE NORBERT
Tes plaintes sont égoïstes, 6 roi. Elève ton âme et sonde l'avenir. Tu avais devancé l'heure ; ton empire était brillant mais sans force contre les infidèles, hélas, tes alliés ; il se fondra avec le nord français. Gomme autrefois, il n'y aura qu'une Gaule, et ta ruine sera le prix de sa grandeur.