‹ La fin des temps confirmée par des prophéties authentiquesChapitre 4 sur 66 · LA FUS DES TEMPS · texte numérisé non relu

LA FUS DES TEMPS

que tout cela peut avoir de commun avec la philosophie et le règne de la raison? — C’est précisément ce que je vous dis : c’est au nom de la philosophie, de l’humanité, de la liberté; c’est sous le règne de la raison qu’il vous arrivera.de finir ainsi, et ce sera bien le règne de la raison ; car alors elle aura des temples, et même il n’y aura plus dans toute la France, en ce temps-là, que des temples de la Raison . — Par ma foi, dit Champfort avec le rire du sarcasme, vous ne seriez pas un des prêtres de ces temples-là. — Je l’espère; mais vous, Monsieur de Champfort, qui en serez un, et très-digne de l’être, vous vous couperez les veines de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n’en mourrez que quelques mois après. » On se regarde et on rit encore. « Vous, Monsieur Vicq d’Azyr, vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même; mais, après vous les avoir fait ouvrir six fois dans un jour, après un accès de goutte, pour être plus sûr de votre fait, vous mourrez dans la nuit. Vous, Monsieur de Kicolaï, vous mourrez sur l’échafaud; vous , Monsieur Bailly , * sur l’échafaud; vous, Monsieur de Malesherhes , sur l’échafaud. — Ah ! Dieu soit béni ! dit Dou¬

cher , il paraît que monsieur n’en veut qu’à l’Académie; il vient d’en faire une terrible exécution; et moi, grâce au ciel... — Vous! vous mourrez aussi sur l’échafaud. — Oh! c’est une gageure, s’écrie-t-on de toute part, il a juré de tout exterminer. — Non, ce n’est pas moi qui l’ai juré. — Mais nous serons donc subjugués par les Turcs et les

CAZOTTE

Tartares? Encore!... — Point du tout, je vous l’ai dit : vous serez alors gouvernés par la seule philosophie, par la seule raison. Ceux qui vous traiteront ainsi seront tous des philosophes, auront à tout moment dans la bouche toutes les mêmes phrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citeront tout comme vous les vers de Diderot et de la Pucelle... » On se disait à l’oreille :

Vous mourrez sur l’échafaud.

« Vous voyez bien qu'il est fou (car il gardait le plus grand sérieux). Est-ce que vous ne voyez pas qu’il plaisante : et vous savez qu’il entre toujours du merveilleux dans ses plaisanteries. — Oui, reprit Champfort, mais son merveilleux n’est pas gai; il esttrop patibulaire. Et quand tout cela arrivera-t-il?

— Six ans ne se passeront pas que tout ce que je vous dis ne soit accompli ...

—- Voilà bien des miracles (et cette fois c’était moi-même qui parlais); et vous ne m’y mettez pour rien? — Vous y serez pour un miracle tout au moins aussi extraordinaire : vous serez alors chrétien. » Grandes exclamations. « Ah! reprit Champfort, je suis rassuré; si nous ne devons périr que quand La Harpe sera chrétien, nous sommes immortels. — Pour ça, dit alors madame la duchesse de Grammont, nous sommes bien heureuses nous autres femmes de n’être pour rien dans les révolutions . Quand je dis pour rien, ce n’est pas que nous ne nous en mêlions toujours un peu; mais il est reçu qu’on ne s’en prend pas à nous, et notre sexe... — Votre sexe, mesdames y ne vous en défendra pas cette foisj et vous aurez beau ne vous mêler de rien, vous serez traitées tout comme les hommes, sans aucune différence quelconque.—Mais qu’est-ce que vous nous dites donc là, Monsieur Cazotte? c’est la fin du inonde que vous nous prêchez. — Je n’en sais rien; mais ce que je sais, c’est que vous, madame la duchesse, vous serez conduite à Véchafaud, vous et beaucoup d’autres dames avec vous, dans la charrette du bourreau, et les mains liées derrière le dos. — Ah ! j’espère que dans ce cas-là j’aurai du moins un carrosse drapé de noir. — Non, madame, de plus grandes dames que vous iront comme vous en charrette, et les mains liées comme vous. — De plus grandes dames! quoi! les princesses du sang ? — De plus grandes dames en -

CAZOTTE

core .Ici un mouvement très-sensible dans toute

la compagnie, et la figure du maître se rembrunit. On commençait *à trouver que la plaisanterie était forte. Madame de Grammont, pour dissiper le nuage, n’insista pas sur cette dernière réponse, et se contenta de dire, du ton le plus léger : Vous ver rez qiïilne vie laissera pas seulevient un confesseur.

Vous serez conduite à l’échafaud.

— Non, madame, vous nen aurez pas, ni personne.

Le dernier supplicié qui en aura un, par grâce, sera .

Il s’arrêta un moment. — Eh bien ! quel est donc l’heureux mortel qui aura cette prérogative? —

C’est la seule qui lui restera : et ce sera le roi de France.

Le maître de la maison se leva brusquement, et tout le monde avec lui. Il alla vers M. Cazotte, et lui dit avec un ton pénétré : « Mon cher monsieur Cazotte, c’est assez faire durer cette facétie lugubre; vous la poussez trop loin, et jusqu’à compromettre la société où vous êtes, et vous-même. » Cazotte ne répondit rien, et se disposait à se retirer, quand madame de Grammont, qui voulait toujours éviter le sérieux et ramener la gaieté, s’avança vers lui : — Monsieur le prophète, qui nous ditesàtousnotrebonne aventure, vous! ne nous dites rien de la vôtre . Il fut quelque temps en silence et les yeux baissés : — Madame, avez-vous lu le siège de Jérusalem, dans Josèphe? — Oh! sans doute; qu’est-ce qui n’a pas lu ça? mais faites comme si je ne l’avais pas lu. — Eh bien, madame, pendant ce siège, un homme fit sept jours de suite le tour des remparts, à la vue des assiégeants et des assiégés, criant incessamment d’une voix sinistre et tonnante : Malheur à Jérusalem! Malheur à moi-même! et dans le moment une pierre énorme, lancée par les machines ennemies, l’atteignit et le mit en pièces. »

Et après cette réponse M. Cazotte fit sa révérence et sortit.

LIBER MIRABILIS

Le Liber mirabilis est un vieil ouvrage dont tout le monde a entendu parler et que bien peu de personnes ont eu le courage de lire. Depuis le commencement du seizième siècle, où il a paru pour la première fois, il s’en est fait un grand nombre d’éditions, et il n’est point de bibliothèque publique où l’on ne puisse se le procurer. C’est un recueil d’un grand nombre de prédietions'éerites la plupart en mauvais latin du moyen âge, et quelques-unes, qui se trouvent à la fin, en vieux français fort difficile à comprendre. L’auteur qui a rassemblé toutes les pièces qui le composent ne s’est pas nommé. Les prédictions du Liber mirabilis appartiennent à de nombreux auteurs , qui vivaient à diverses époques, depuis les premiers siècles de l’Église jusqu’au quinzième siècle. Les principaux de ces auteurs sont : Bemechobus, évêque et martyr; saint Augustin, l’archevêque Sévère, sainte Brigitte, l’ermite Reynard, le Père Cyrille, l’abbé Joachim, la sibylle de Crète, la bienheureuse Catherine, le bienheureux Vincent, Jérôme de Ferrare, etc.

Les prédictions du Liber mirabilis sont loin d’avoir l’importance qu’on leur attribue généralement, faute de les avoir lues; elles sont la plupart d’une

obscurité et d’une confusion inextricables; lorsqu’on les comprend, il est le plus souvent impossible de déterminer si les faits annoncés se sont véritablement accomplis, tant elles sont vagues et

Jean de Vatiguerro.

dépourvues de précision. Beaucoup d’entre elles paraissent se rapporter à des événements passés depuis

LIBEli MIHABILIS.

longtemps et dont il n’est pas facile de vérifier l’exactitude; les autres annoncent bien des événements futurs, mais elles ne présentent point les caractères qui inspirent la confiance : telle serait, par exemple, la réalisation d’une partie des faits prédits. Parmi ces prophéties, il en est une cependant fort remarquable et qui, à elle seule, a conservé depuis cinquante ans au Liber mirabilis sa vieille réputation; c’est celle de Jean de Vatiguerro, qu’on attribue généralement à saint Césaire, un des premiers évêques d’Arles. C’est la seule que nous citerons, parce que c’est la seule qui nous paraisse avoir une véritable importance.

(xm e SIÈCLE.)

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