‹ La fin des temps confirmée par des prophéties authentiquesChapitre 3 sur 66 · RAPPORTÉE PAR LA HARPE · texte numérisé non relu

RAPPORTÉE PAR LA HARPE

(Nouveau festin de Balthazar, où Cazotte, comme un autre Daniel, annonce la fin prochaine qui les attend aux membres d un festin composé des philosophes suivants : Champfort, Condorcet, Vicq d’Azyr, Nicolaï, Bailly, Malesherbes, Roucher, La Harpe, de Grammont, etc.)

Cazotte, de Dijon, est du petit nombre des hommes

Arrestation de Cazotte.

de lettres du dix-huitième siècle qui ? au milieu du 1 Je suis heureux de pouvoir rapporter textuellement, dans

LA FIN DES TEMPS, débordement des doctrines anarchiques et impies de cette époque, resta fidèle à son Dieu et à son roi. Sa mort fut celle d’un héros chrétien. Enfermé à l’Abbaye, il fut sauvé des massacres des 2 et 3 septembre par l’héroïsme de sa fille, qui se précipita sur lui et le couvrit de son corps en disant aux bourreaux :

Aprco a»oir pjSSv.* uiiv; uouie avec un ecclésiastique.

« Vous n’arriverez au corps de mon père qu’après » avoir percé le mien. » Le fer tomba des mains des

cette édition, la prophétie de Cazotte racontée par La Harpe, que j’avais citée, d’après le journal le Siècle, dans les éditions précédentes.

CAZOTTE

assassins,, et Cazotte fat ramené en triomphe jusque dans sa maison. Arrêté de nouveau, il fut condamné à mort par des juges qui furent obligés de rendre hommage à ses vertus. « Pourquoi faut-il, dit l’ac- » cusateur public à Cazotte, que j’aie à vous trouver » coupable après soixante-douze ans de vertu ! Il ne «suffît pas d’être bon fils, bon époux, bon père, il » faut encore être bon citoyen. » — Après avoir passé une heure avec un ecclésiastique, Cazotte écrivit à sa famille : « Ma femme, mes enfants, ne me » pleurez pas, ne m’oubliez pas, mais souvenez-vous » tous de ne jamais offenser Dieu. » Il monta sur l’échafaud avec un calme et un courage admirables, et dit d’une voix forte à la multitude : « Je meurs « comme j’ai vécu, fidèle à Dieu et au roi. » Tous ceux qui connaissent l’histoire de notre première révolution reconnaîtront que la prophétie de Cazotte s’est accomplie à la lettre sur tous les membres de ce fameux banquet académique et philosophique.

Cazotte fut le Daniel d’un nouveau festin de Balthazar.

Voici textuellement la fameuse prédiction de Cazotte :

« Il me semble, dit la Harpe, que c’était hier, et c’était cependant au commencement de 1788. Nous étions à table chez un de nos confrères à /’ Académie, grand seigneur et homme d’esprit; la compagnie était nombreuse et de tout état, gens de cour, gens de robe, gens de lettres, académiciens, etc. On avait fait grande chère comme de coutume. Au dessert, les

vins de Malvoisie et de Constance ajoutaient à la gaieté de bonne compagnie cette sorte de liberté qui n’en gardait pas toujours le ton : on en était venu alors dans le monde au point où tout est permis pour faire rire. Champfort nous avait lu de ses contes impies et libertins, et les grandes dames avaient écouté, sans avoir même recours à l’éventail. De là un déluge de plaisanteries sur la religion : l’un citait une tirade de la Pucelle, l’autre rappelait ces vers philosophiques de Diderot :

Et des boyaux du dernier prêtre

Serrez le cou du dernier roi.

Et d’applaudir. Un troisième se lève, et tenant son verre plein : « Oui, messieurs, s’écrie-t-il, je suis aussi sûr qu'il n'y a pas de Dieu, que je suis sûr qu’Homère est un sot*, » et en effet, il était sûr de l’un comme de l’autre; et l’on avait parlé d’Homère et de Dieu; et il y avait là des convives qui avaient dit du bien de l’un et de l'autre.

La conversation devient plus sérieuse; on se répand en admiration sur la révolution qu avait faite Voltaire, et l’on convient que c’est là le premier titre de sa gloire. « Il a donné le ton à son siècle, et s’est fait lire dans l’antichambre comme dans le salon. » Un des convives nous raconta, en pouffant de rire, que son coiffeur lui avait dit, tout en le poudrant : « Voyez-vous, monsieur, quoique je ne sois quun misérable carabin , je n'ai pas plus de religion quun autre . » On conclut que la révolution ne

CAZOTTE

tardera pas à se consommer; qu’il faut absolument que la superstition et le fanatisme, fassent place à la philosophie, et l’on en est à calculer la probabilité de l’époque, et quels seront ceux de la société qui verront le règne de la raison. Les plus vieux se plaignent de ne pouvoir s’en flatter; les jeunes se réjouissent d’en avoir une espérance très-vraisemblable ; et Von félicitait surtout VAcadémie d'avoir préparé le grand œuvre } et d’avoir été le chef-lieu, le centre, le mobile de la liberté de penser. -

Il prend la parole du ton le plus sérieux.

Un seul des convives n’avait point pris de part à toute la joie de cette conversation, et avait même

laissé tomber tout doucement quelques plaisanteries sur notre bel enthousiasme; c’était Cazotte, homme aimable et original, mais malheureusement infatué des rêveries des illuminés . Son héroïsme l’a depuis rendu à jamais illustre.

Il prend la parole, et du ton le plus sérieux : « Messieurs, dit-il, soyez satisfaits; vous verrez tous cette grande et sublime révolution que vous désirez tant. Vous savez que je suis un peu prophète, je vous le répète, vous la verrez. » On lui répond par le refrain connu, Faut pas être grand sorcier pour ça. « Soit, mais peut-être faut-il l’être un peu plus pour ce qui me reste à vous dire. Savez-vous ce qui arrivera de cette révolution, ce qui en arrivera pour vous tous tant que vous êtes ici, et ce qui en sera la suite immédiate, l’effet bien prouvé, la conséquence bien reconnue? — Ah! voyons, dit Condorcet avec son air sournois et niais; un philosophe n’est pas fâché de rencontrer un prophète.— Vous, Monsieur de Condorcet, vous expirerez étendu sur le pavé d'un cachot, vous mourrez du poison que vous aurez pris, pour vous dérober au bourreau ; du poison que le bonheur de ce temps-là vous forcera de porter toujours sur vous. «

Grand étonnement d’abord; mais on se rappelle que le bon Cazotte est sujet à rêver tout éveillé, et l’on rit de plus belle : « Monsieur Cazotte, le conte que vous nous faites ici n’est pas si plaisant que votre Diable amoureux; mais quel diable vous a mis dans la tête ce cachot, ce poison et ces bourreaux ? Qu’est-ce

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