‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 109 sur 248 · Porte lit/.. Il, p · texte numérisé non relu

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LES « l'oKT-K MINORES ». 189

D'après cela, et surtout si L'on songe aux débuts littéraires de l'abbé Delille, à ses succès d'écolier, à sa première vocation de professeur, on peut définir ses vers le triomphe delà poésie de collège dans le goûl jésuite : c'est le traducteur-né. Lebeau trouvait indécent qu'un académicien dictât encore des thèmes latins ' et fit nommer Delille au Collège de France. Mais Delille ne changea pas de métier pour cela; on peut dire qu'il a fait des thèmes latins toute sa vie.

Sa grande supériorité, c'est d'abord d'avoir eu plus que tout autre l'instinct et la vocation du genre et d'en avoir su admirablement tirer parti. Un des éléments de succès qu'il a le plus cultivés, c'est la mode et l'actualité. Évidemment cet abbé mondain avait la manie des champs, on ne comprendrait [tas sans cela qu'il s'en soit occupé dans trois poèmes. Mais voyez comme le moment de la publication de ses Géorgique* est bien choisi : « On ne peut publier, dit-il, dans un moment plus favorable la traduction d'un ouvrage sur l'agriculture. Cette matière est devenue l'objet d'une foule de livres, de recherches et d'expériences. Dans toutes les parties du royaume, je vois s'élever des sociétés d'agriculture -. « C'est lui-même qui parle ainsi. El en effet, c'est le temps où Voltaire mène grand bruit autour de ses entreprises agricoles et s'affuble du nom de Triptolcm-. où les Choiseul, les La Rochefoucault- Liancourt se posent en gentilshommes campagnards; où la question des grains passionne les salons, où L'abbé Galiani écrit sa brochure.

Mais ce n'est pas seulement le moment et le sujet qu'il choisit, ce soid les épisodes les plus capables de

1. Delille était t < >n j< m r- professeur de troisième an collège de la Marche.

1. Discours préliminaire (en tête de la traduction des 6Yorgiqiiés).

mordre sur le public. Le public est sensible, il a vagueraenl le goûl de l'exotisme (Bernardin va venir); voici un épisode qu'il applaudira sûrement : le jeune Potaveri, sauvage d'O-Taïti, rencontre un bananier au Jardin du Roi. Il se précipite sur l'arbre, il l'embrasse en pleurant,

Et son àme al tendrie

Du moins pour un instanl retrouve sa patrie '•

On a le culte des sentiments domestiques, le culte des morts à la manière antique : Delille ne manque

pas de placer des cénotaphes dans ses jardins, à la mémoire d'un ami ou d'un parent:

Ne craignez point d'offrir des urnes, des tombeaux -...

La guerre d'Amérique vient de finir : nos victoires navales sur les Anglais ont relevé le patriotisme. Il y aura donc, dans un bosquet, un obélisque avec cette inscription : « A nos braves marins mourant pour la patrie 3. * Tous les engouements, toutes les manies de l'époque, les découvertes à sensation, les grands hommes, les mots du jour, les anecdotes qui étaient dans toutes les mémoires, — les jardins anglais, Voltaire, Buffon, la pervenche de Jean-Jacques, l'araignée de Pellisson, — tout cela trouve place dans les vers de Delille. (/est à la ibis un mémento scientifique, un almanach et un panorama populaire. On conçoit qu'il ail eu un succès prodigieux. Les lectures qu'il l'ait de ses vers sont de véritables triomphes : « si nous ne craignions pas d'avoir été séduits par l'illusion (pie l'art du lecteur a su prêter à son ouvrage, nous

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