M"" <le Qenlis, Souvenirs de Félieie, — Voir dans les
De semblables déclarations nous surprennent, parce que nous sommes habitués à considérer le \\ m1' siècle comme l'époque «les bergeries el des drames bourgeois, des petits vers et des petits romans : c'est pourtant aussi le temps de la shakespearomanie, celui où l'on traduit Ossian et Young; où Thomas déclame, où Lebrun s'évertue à simuler le délire pindarique el entasse les hyperboles gigantesques et les alliances de mois barbares; où Mercier traite la tragédie classique de « cadavre gréco-romain1 », où Roucher s'écrie :
Et parcouranl les mers cl la terre el les cieux, Mes chants reproduironl tout l'ouvrage des dieux -■
Et nous ne (tarions pas de toul ce qu'il y avait de violent, de tumultueux et d'exaspéré dans la prose d'un Diderot ou d'un Rousseau.
On cultive encore plus les sentiments tendres. Fautil rappeler les excès ridicules de cette sensiblerie, qui s'épanouil pendant toute cette lin de siècle comme une dérision du sentiment et de la passion véritable - l'étalage de l'amour paternel ;|. conjugal ou filial, les petites amitiés mystérieuses surtout entre femmes, les temples à l'amitié dans les jardins, les urnes funéraires en souvenir d'un mort chéri, les « poufs au sentimenl '• », les bagues el les boucles de cheveux échan-
Mélanges littéraires de Snard un curieux article de Dcvaine -m- ['Exagération : - Ne dites pas d'une pièce qu'elle esl bonne on mauvaise, mais prononcez qu'elle esl effroyable <>u délicieuse, etc. ■». (III. p. 64.)
I. Mercier, Tableau de Paris, |>. J î s (édit. ('•. Desnoiresterres).
■2. Les Mois, prologue.
3. L'Académie mil .-ni concours une « Épitre d'un père ;i son lil- sur la naissance d'un petit-fils ». Ce lui Chamforl qui remporta le prix. Cf. Corresp. litt., VI, p. 12.
i- Voir -ni' celte manie I-:. el .1. de Goncouri, Lu Femme au A 17//' siècle Taine, L'Ancien régime, li\. 11, chap. m.
|, i |\ Dl CLASSICISME ET RETOUR A LANTIoii;.
géès? Les gens sérieux eux-mêmes n'échappeni poinl à la contagion. Diderol ei Grimm s'appellent « mon ami >• avec une affectation lisible el fatigante: ils se feronl même représenter par Carmontelle en tête à tète, une main sur l'épaule el les yeux dans les yeux '. M ; i i s de tous ces travers se dégage un besoin uouveau, relui que Rousseau avait si fortement affirmé dans son laineux Discours, — se soustraire à la tyrannie du monde, se donner d'abord à sa femme, à ses enfants, à ses amis, s'appartenir à soi-même. De là une anglomanie croissante dans les mœurs, aussi bien que dans la littérature, une véritable intrusion de Pégoïsme britannique- On s'affranchit de plus en plus de toutes les obligations mondaines : « 11 est rare de rencontrer aujourd'hui dans le monde des personnes qui soient ce qu'on appelle habillées. Les femmes sont en chemise el en chapeau, les hommes, en frac et en gilet.... On dîne à l'anglaise à quatre ou cinq heures du soir. * De sorte qu'on a juste le temps d'aller à la comédie en quittant la table: « On sort, des maisons où l'on a dîné comme d'une taverne: le temps a donner à la conversation échappe après le dîner comme avant le wuper -. » — 11 faudrait tenir compte aussi de l'influence allemande représentée à la cour par Marie- Antoinette, avec son goût de l'intimité, de la vie de famille, du jardinage et des paysanneries à la Gessner. C'était donc un renversement complet de l'idéal de sociabilité classique : en essayant de retrouver l'homme naturel, on en (Hait arrivé petit à petit à restaurer la notion même de V individu, affaiblie ou détruite par le monde. Ce changement est un fait des plus considérables : c'est par là aussi que la Renais-
1. Aquarelle reproduite en tête 'lu XVI" vol. de la Comesp, lilt. (édit. Tourneux).