lôi'L, v. ol et suiv
;;. Ibid., v. cJ2.
ANDRE CHENIER. 2:t:i
Ainsi donc, l'enthousiasme tel que le conçoit André Chénier n'a rien d e commun avec L'enthousiasme romantique tel que -le chante Lamartine '. Ce n'est [tas la tyrannie d'une passion ou d'un sentiment abolissani
toutes les autres facultés, c'est l'allégresse du génie se déployant en pleine conscience et en toute liberté.
Mais voici qui est encore plus classique : il ne suffit pas que le poète invente avec une claire vision ei une entière maîtrise de lui-même : la matière de son invention n'est pas indifférente. Si séduisantes que soient les aventures de la fantaisie, il ne doit pas oublier qu'il y a u\w règle suprême, la Raison, et il se gardera donc de trop abonder dans le sens individuel :
Inventer, ce n'esl pas, dans un brusque abandon, Blesser la vérité, le bon sens, la raison -:
ce qui est presque du Boileau :;: surtout lorsque Chénier conclut :
Ainsi donc, «tans les arts, l'inventeur est celui Qui peint ce que chacun peut sentir comme lui '••
1. Malgré l'impropriété ou la faiblesse de l'expression, il est aisé de voir que dans son Ode sur l'enthousiasme, Lamartine développe une idée contraire à celle d'André Chénier :
Et la lave de mon génie Déborde en torrent d'harmonie /.'/ me consume en s' échappant.
Non jamais un sein pacifique N'enfanta ces divins élans \i ce désordre sympathique Qui soumet le monde à nos chants.
Les classiques n'admettraient ni ce désordre, ni ces effets foudroyants de l'inspiration.