‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 135 sur 248 · L Invention, v · texte numérisé non relu

L Invention, v

3. La plupart, emportés d'une fougue insensée, Toujours loin du droit sens vonl chercher leur pensée. Ils croiraienl s'abaisser dans leurs vers monstrueux S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser minute eux.

{Art poétique, I. 39 et suiv.

t. Vlnx en t ion, v. 45-47.

234 FIN m CLASSICISME ET RETOUR A L'ANTIQUE.

M ; i i s il ajoute immédiatement — et tout de suite sa théorie prend un sens hautement idéaliste que n'a point la théorie un peu empirique el grossière de Boileau :

i L'inventeur est celui...

Qui rouillant dos objets les ]>lus sombres retraites, Etale et fait t,ri!ler leurs richesses secrètes, Qui, par îles nœuds certains, imprévus et nouveaux. Unissant des objets qui paraissent rivaux, Montre et fait adopter à la nature mire Ce qu'elle n'a point fait, amis ce qu'elle a pu faire.

Voilà l'Idée platonicienne el le fondement même de l'art. Tant que le poète, à travers les apparences éphémères et triviales, n'aura pas saisi l'éternelle Raison et l'éternelle Beauté des choses, Chénier nous redit avec Horace qu'il n'enfantera que des visions de malade. A cette condition, tout ce qui existe a droit de cité dans l'art. Telle est la conséquence dernière de la pensée de Chénier, et c'est tout l'enseignement de la Préface de Cromwell. Mais nous verrons tout à l'heure pourquoi Chénier n'a pu aller jusque-là.

Ce qu'il importe pour l'instant de bien établir, c'est

qu'au rebours des romantiques, il répugne au sens

individuel, il n'est à aucun degré un subjectif. Voilà

pourquoi il condamne si sévèrement les poètes anglais

tout en reconnaissant qu'ils sont quelquefois « dignes

d'être admirés par d'autres que par eux ». Ils sont

grands et forts peut-être, mais ils ne savent que leur

âme :

Les poètes anglais, trop fiers pour être esclaves. Ont même du bon sens rejeté les entraves. Dans leur ton uniforme, en leur vaine splendeur, Haletants pour atteindre une fausse grandeur. Tristes comme leur ciel toujours ceint de nuages, Enflés comme la mer qui blanchit leurs rivages, El sombres et pesants connue l'air nébuleux Que leur ile farouche épaissit autour d'eux1.

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