‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 205 sur 248 · Adolphe Jullien, Histoire du costume au théâtre, p · texte numérisé non relu

Adolphe Jullien, Histoire du costume au théâtre, p

de Titus avait si vivement frappé le public que la mode s'en empara : les jeunes gens se coiffèrent à la Titus. .Mais, comme nous l'avons déjà dit, c'était s'éloigner de plus en plus de l'esprit de l'art classique véritable : malgré la plastique des gestes el l'exactitude des costumes, la tragédie n'était plus qu'un corps sans âme '. Comme dans la littérature d'alors, le fond ne comptait plus, ou plutôt c'était le lyrisme romantique qui essayait de s'y substituer. El ainsi Talma complète le groupe de David et de Chateaubriand, — sorte de trinité de l'art impérial : sous le masque antique, c'est déjà l'âme moderne qu'il exprime.

En somme, quand on essaie de se représenter à distance l'art de celle époque, les grandes figures qui émergent et qui durent s'imposer aussi à l'imagination des contemporains, ce sont celles de cette parade gréco-romaine qui, sous l'Empire, occupe tout le devant de la scène : c'est Corinne au cap Misène, — (i\ mpdocée à la fenêtre de sa prison, chantant : « Légers vaisseaux de l'Ausonie ». — c'est leLéonidasauxThermopyles, le. Romulus et le Tatius des Sabines et — dominant tout — le profil romain de l'Imperator revêtu de la dalmatique et le laurier au front, tel que David l'a peint dans le tableau du Couronnement.

\. Goethe, lors de l'entrevue d'Erfurt, en avait été très vivement frappé : « Si l'on analyse le talent de Talma, on y trouvera l'âme moderne tout entière : tous ses effets tendaient à exprimer ce qu'il y a de plus intime dans l'humanité.... Qu'on lise comment il travaillait à s'identifier avec un Tibère, et on reconnaîtra dans son aine cette recherche de la douleur et des émotions pénibles qui caractérise le romantisme. On \ii ainsi disparaître peu à peu de la scène l'héroïsme vigoureux i il qu'il se montre dans les luttes républicaines que peint Corneille, dans les douleur- royales que peint Racine... ■• Entreliens avec Eckermann.

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Cependant, quand on écarte cette . représentation officielle, on se trouve en présence «lu monde le plus mêlé el le plus bariolé : c'esl le chaos de l'Empire lui-même. <>n peu! dire que toui ce qui va devenir le romantisme es! alors dans l'air; il n'y a pas une idée, pas nue nuance de sentiment développée plus tard par l'école de Victor Hugo qui n'ait été connue ou devinée de la génération antérieure.

Sourdement le xvme siècle continue son œuvre d'émancipation : il y a bien un arrêt du mouvement cosmopolite ' ; on étudie et on traduit moins sous l'Empire les œuvres anglaises ou allemandes et en général les littératures étrangères. Mais il ne faut pas oublier que sous le Directoire c'avait été justement le contraire et que ce souvenir des œuvres vulgarisées ou traduites était toujours vivant. Même c'est en plein Empire que commence à paraître l'Histoire littéraire de l'Italie par Ginguené (1811), que Mn,e de Staël publie son Allemagne (1813), que le Cours de littérature dramatique de Guillaume de Schlegel est traduit (1804), que Greuzé de Lesser paraphrase en vers français le Romancero 1 181 1).

En revanche la littérature nationale est beaucoup plus étudiée et on commence à la connaître dans le grand public. Pour ne rien dire des travaux de pure érudition, comme ceux de Raynouard sur la poésie des Troubadours -. tout le monde avait pu entendre à l'Athénée les leçons de M. .1 Chéniersur les fabliaux el

1. Voir Texte : ./.-./. Rousseau et les origines du cosmopolitisme, p. in" el suiv.

2. Le Choix des poésies orir/inales des tmubiidiMies de Raynouard commença à paraître en 1816.

les romans de chevalerie de Louis Vil à François Ier. On pouvail encore consulter les ouvrages de Legrand d'Aussy el de Lacurne de Sainte-Palaye. Mais il ne sembla pas que la littérature de l'Empire en ail beau coup profité. On préfère continuer la tradition moyenâgeuse du xvnr si<Vh\ telle que M" de Lussan l'avait inaugurée avec ses Anecdotes sur la cour de Philippe- Auguste (1748). Fontanes lui-même, le classique Fontanes, écrit le Vieux Château, toul plein de ce pseudomoyen âge, qui va décidément triompher dans la poésie impériale :

Vn troubadour parait, ô transports enchanteurs!

On l'entoure; à sa harpe il suspend tous les cœurs.

Le silence attentif e! l'écoute el l'admire.

Toul bas à ses accents s'attendrit el soupire

La fille des barons, des nobles châtelains;

Le rapide fuseau s'arrête dan- ses mains.

11 tombe; elle est charmée; un désir qu'elle ignore

S'ouvre, à l'aide du chant, son âme vierge encore.

Le troubadour ému l'entend plus d'une fois

Gémir, redemander d'une tremblante voix

Les noms de ces héros, fiers de leur doux servage.

Raoul et Gabriel, et l'amoureux breuvage

Dont Yseull el Tristan s'enivrèrent jadis;

L'inconstanl Galaor, le fidèle Amadis

Millevoye donne, dans le même goût, toute une série de ballades el de romances dont Hugo certainement se souviendra plus lard :

Déjà le son de la guitare Se mêle au chanl du mènes! rel :

Déjà le temple se prépare, Les deux époux vonl à l'autel.

Le page, que l'ai r possède,

Di-ait à part : Je voudrais bien

l!r\ enir à l'aide Du premier baron chrétien '.

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