‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 230 sur 248 · Il faut rapprocher le passage tout entier · texte numérisé non relu

Il faut rapprocher le passage tout entier

. . . Et sa chute souvent rencontre dans les airs Quelque insecte volant qu'il porte au fond des mers. De la Baltique enfin les vagues orageuses Roulent et vont jeter ces larmes précieuses Où la Hère Vistule en de nobles coteaux Et le froid Niétnen expirent dans les eaux.

2. Par exemple Dolçnda a servi de modèle aux Contes d'Espagne et d'Italie. Les amants de Montmorency, c'est le sujet même de Rolla :

Or c'était pour mourir qu'ils étaient venus là... Et Dieu? — Tel est le siècle, ils n'en parlèrent pas.

Mais il faudrait étudier en détail le style des deux poètes pour se rendre compte de toutes les imitations de Musset :

Est-ce sur de la neige on sur une statue

Que cette lampe d'or dans l'ombre suspendue...? Huila.

Est-ce la volupté qui, par ses dou$ mystères,

Furtive a rallumé ces lampes solitaires'1 (Dolorida.)

Candeur des premiers jours, qu'ètes-vous devenus? [Lucie.)

D'où venez-vous, pudeur, noble crainte, ô mystère? (Eloa.)

Mais Musset ne doit pas qu'à Vigny : croirait-on que le fameux passage :

Pâle étoile du soir, messagère lointaine...

expressions, tours de phrase, sujets de poème. Le procédé un peu artificiel des interrogations inattendues, des apostrophes brusques, marquant le commencement ou la reprise «l'un développement, — il en a fixé la forme dans son Rolla. Mais tout cela est trop connu [tour que nous insistions. 11 suffit que nous indiquions l'influence de Chénier, soit directe, soit indirecte, par l'intermédiaire de Vigny.

Chez Sainte-Beuve, cette influence est encore plus évidente, — et rien n'est plus naturel, puisque c'est lui qui a imaginé de rattacher l'École nouvelle à André Chénier et qui a formulé la théorie du romantisme ainsi conçu. Remarquons d'abord que, de tous les jeunes gens du Cénacle, il était certainement le mieux l'ait pour le comprendre et l'aimer. Il y avait entre eux sympathie de cœur et de talent. Le goût de la poésie macabre et des curiosités maladives ou malsaines, voilà à quoi se réduit le romantisme de Sainte- Beuve, et l'on sait que s'il n*y renonça jamais complètement, il se complut de bonne heure à n'y voir qu'une folie de jeunesse. Il essaya encore de se composer une sorte d'originalité du sentiment de son impuissance et d'une pitié un peu amère pour les existences manquées et souffreteuses. Mais cela même, il pouvait le garder sans renier son vrai fond, qui était classique 11 était classique à la façon d'André Chénier, avec la foi rationaliste du xvme siècle en moins et au contraire, en toutes choses, un dilettantisme sceptique,

est emprunté presque textuellement à M.-.l. Chénier?

Étoile de la nuil dont la tête brillante Sorl du nuage épais qui rembrunit les cieux, Astre qui parcourant sa route étincelante Imprime sur l'azur tes pas silencieux, Que regardes-tu dans la plaine?

Cf. Œuvres complètes de Chénier, 1. 1 (Chants imilùs d'Ossian, les Chants de Sel ma \,

qui rappelle Montaigne. Gomme Chénier, il a de bonne heure la manie de la petite érudition, la passion de la scolie el du bouquin '. C'était un alexandrin qui devait finir bibliothécaire : il le fut à la Mazarine, il fut même bibliophile, collectionneur d'éditions rares ou illustres. Il couvait en lui un philologue à la Boissonade, s'empressant autour de vétilles laborieuses et d'auteurs minuscules. Comme Chénier encore, il aimait le grec. Il annotait, de sa main un exemplaire d'Homère 2, lisait et relisait VAnthologie, où il trouvait de quoi repaître sa manie de l'infiniment petit :1. Il prenait même un professeur de grec *, ne manquait pas une occasion d'affirmer sa compétence dans la matière, qu'il s'agît d'Apollonius de Rhodes, de Théocrite ou d'Euphorion de Chalcis5, et, chose importante à noter, son goût allait de préférence aux alexandrins comme celui d'André Chénier.

Avec cela, — comme Chénier toujours, — le rêve d'une existence paisible et retirée, de la petite maison à la campagne, « du ruisseau qui murmure » et du « frais ombrage »; et les livres soigneusement triés, le

1. Cette passion de bibliophile se développa surtout pendant les dernières années de sa vie, Souvenirs et indiscrétions (Ma biographie).

2. Voir op. cit., p. 172 (Notice par Jules Troubat). — A partir de 1840, il est logé à l'institut comme bibliothécaire : ■< Dès lors, je me trouvais riche ou très à l'aise pour la première fois de ma vie. Je me remis à l'étude, je rappris le grec. » {Op. cit., p. 172.)

3. Barbey d'Aurevilly lui appliquait le vers de La Fontaine :

La moindre taupinée à ses yeux était mont.

(Cf. Les Œuvres et les Hommes.)

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