Voir par exemple le Discours de Boindin sur la forme
sur des points très déterminés : Mémoire sur la peinture à V encaustique, Sur un moyen d'incorporer la couleur dans le marbre et de fixer le trait, Dissertation sur le papyrus, sur la porcelaine de Vancienne Egypte, etc. Ce sont de véritables leçons de choses qu'il donne à ses confrères. Ses investigations se portent sur tous les points; toutes les époques de l'art l'intéressent. Il songeail peut-être à un grand ouvrage d'ensemble embrassant toutes les manifestations de l'art dans l'antiquité. Malheureusement ce projet est resté à l'état fragmentaire et ce n'est qui' les matériaux de l'œuvre que nous trouvons accumulés dans son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises.
Pour ne pas sortir de l'Académie des Inscriptions — car ils sont légion ceux qui se sont passionnés alors pour les fouilles d"Herculanum et de Pompéi, — mentionnons, à côté de Caylus, l"ex-jésuite Leroy, qui, en 17.il. fît un voyage à Athènes en compagnie de deux Anglais. J. Stuart et l'architecte Revett. Il donna en 1758 une première édition de son livre sur les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce ', qui fut édité très luxueusement à la façon des publications de la Société des dilettantes anglais et dont le sucrés fut considérable 2. Nous \ errons plus tard quelle influence il eut sur les transformations ultérieures de l'architecture française. D'autre part, Clioiseul-Gouffier communiquait à l'Académie un mémoire sur X Hippodrome d'Olympie, qui permel d'apprécier tout le chemin parcouru par l'archéologie depuis le commencement du siècle, en montrant tout ce (pu- l'étude immédiate des
et la construction 'les théâtres des anciens, Mém. de l'Acad.des Inscr., I. p. 136.
1. La 2e édition ésl de 1770. Stuarl et Revetl firent paraître leur ouvrage sur les antiquités d'Athènes en 1762;
i. Corresp. lilt., IV. p. 27.
monuments cl des lieux Ajoute ;'i la connaissance (1rs textes. Enfin, comme une sorte de couronnement de toul ce grand labeur de la Compagnie depuis sa fonda lion, l'abbé Barthélémy publiait en 1789 son Voyage dû jeune Anackarsis en Grèce. Critique littéraire, histoire des mœurs el des institutions, épigraphie, numismatique, reproduction des monuments, toul s'y trouvai! résumé et fondu : Barthélémy nous dit lui-même qu'il n'a |>;is cessé d'y travailler depuis 1757. Mais ce n'étail pas seulemenl le fruit de toute uni' longue vie do recherches et d'études, c'était en réalité le bilan de l'érudition française au xvme siècle
Malheureusement tout cet échange d'idées el d'aperçus nouveaux se passait entre gens du métier. En dehors de l'Académie des Inscriptions on ne s'en doutait guère ou on ne s'y intéressait pas. Il nous Tant cependant essayer de dénuder ce qui, de proche en proche, et d'une façon plus ou moins directe, en est parvenu jusqu'au grand public.
Cette fameuse querelle des anciens et des modernes. qui avait tant préoccupé le siècle précédent, n'avait pas été tranchée d'une façon définitive: elle était plutôt assoupie que terminée : Voltaire. Diderot, Marniôntel, La Harpe y reviennent encore en faisant des concessions toujours plus larges, mais sans se séparer néanmoins, pour le fond, des moderne* du xvnc siècle. Le débal peut se circonscrire à trois grands noms, Homère. Pindare et Théocrite; Homère et Pindare n'avaient pas été complètement justifiés des attaques de Perrault, ni Théocrite, des attaques de Fontenelle
Il y avai I encore la question de la tragédie grecque el de la comédie ancienne dans son principal représentant, Aristophane. L'Académie sentait qu'il fallait en finir avec toutes ces erreurs el ces jugements superflu ciels. Elle sentail même qu'il riait de son devoir d'intervenir et l'on voit que tout ce qu'elle comptait d'hellénistes s'est efforcé consciencieusement de redresser sur Ions ces points l'opinion faussée par les millième*. Qu'elle y ail réussi, c'est ce qu'il est difficile de soutenir. Toujours est-il que par son obstination à défendre les victimes des Perrault et dos Fontenelle, elle a l'ail comprendre qu'une injustice avait été commise et qu'il y avait là un procès littéraire à réviser.
Nous ne parlerons pas des traductions de Théocrite el de Pindare par Hardion et l'abbé Massieu, bien qu'elles prétendent donner une idée plus juste de l'original. Mais les commentaires dont ils ont accompagné leurs traductions renferment çà et là des aperçus nouveaux, don! la critique littéraire pouvait l'aire son profit. C'est ainsi que Hardion. distinguant en quatre classes les bergers siciliens '. «'I mettant les chevriers au dernier rang, explique par cette condition inférieure, la grossièreté el la rudesse plus grande de leurs propos. 11 insiste aussi sur ce l'ait que tous ces bergers sont des êtres réels el non des personnages allégoriques connue chez Virgile, et. réfutant les critiques de Fontenelle. qui ne demandait à l'églogue qu'une demivérité, il loue précisément Théocrite du réalisme de sa poésie. De même l'abbé .Massieu. dans ses commentaires sur Pindare, est le premier qui ail entrevu l'importance d'une victoire olympique aux yeux des Grecs. Il remarque que le poète en célébrant la famille el la
l. Mém. de l'Acad, des Inser., Discours sur les bergers de Théocrite, IV, p. .131.
pairie du vainqueur ne Faisail guère que développer la formule dont le héraut s'étail servi pour proclamer sa victoire1. Cbabanon va plus loin : il voil dans l'association de la musique à la poésie la raison des prétendues incohérences de Pindare : • La poésie de chanl a dû être une poésie d'harmonie, de trouble el d'enthousiasme - ». Le porte lyrique obéil à des lois particulières : « S'il doil énoncer quelques idées, ce ne seront point des raisonnements ». Cela restait sans doute encore bien superficiel, niais à coup sûr étail plus pénétrant que « le beau désordre » vanté par Boileau. En tout cas. lorsque sa traduction des Olympiques parut en 177:'. elle eut le mérite de suggérer à Diderot des vues ingénieuses sur la composition de l'ode pindarique. En quelques lignes, il esquisse presque la théorie de Dissen sur ['implication des parties 3. Ce qui prouve que les gens de lettres, avec un peu plus d'esprit de suite et de sérieux, auraient pu arriver à des idées plus justes sur le lyrisme grec et s'épargner de ridicules et maladroites imitations. La même année. Vauviliers publia son Essai sur Pindare, qui est comme le résumé de toutes ces idées flottantes auxquelles il ajouta une opinion personnelle et reprise depuis par la critique sur l'importance des mythes dans l'Ode triomphale. Si l'on songe en même temps aux tentatives pindariques de Lebrun et d'André Chénier, on verra que Pindare. dans ces dernières années du siècle, a reconquis une sorte de laveur et d'actualité \
t. Mém. de l'Acad. des Tnscr., Y. p. 95. — A. Croiset, La poésie de Pindare et les lois du lyrisme grec, p. 114.
■2. Mém. de l'Acad. des Inscr., XXXII, 453.
::. Cf. Dissen, Pindari Carmina (De ratione poetica carminum pindaricorum..., XLVII). — Corresp. ML. IX. 463.
i. Voir dans les Mélanges littéraires de Suard une lettre anonyme adressée aux auteurs de la Gazelle littéraire, à propos d'un jugement de Marmontel sur la lr" Pvthique, IV.
Il m- faut pas oublier non plus qu'alors la pastorale redevient à la mode;el ainsi la traduction «1rs Idylles de Théocrite par Chabanon de Maugris (1775) en paraîtra plus significative; c'est (railleurs le moment où Gessner esl le plus eu vogue.
Mais, comme à l'âge précédent, le grand déliai a porté sur Homère : ici, la victoire a été complète, cl. à la lin de la littéral ure classique, c'est Homère qui a triomphé. L'érudition sans doute n'en a pas eu tout le mérite, mais il laid reconnaître à son éloge qu'elle a t'ait tout ce qu'elle a pu pour y cont ribuer.
Dans cette première période de l'histoire de l'Académie, qu'on pourrait appeler son âge ingrat, il y aurait bien des dissertations à mentionner sur la question homérique. Comme elles n'ajoutent rien à l'intelligence des mœurs ni t\u génie du poète, il ne vaut guère la peine de s'y arrêter. Pourtant elles attestent que l'érudition française n'a jamais déserté la cause d'Homère. même au plus fort de l'indifférence du public. Dans la seconde moitié (}\\ siècle, il y a un véritable retour d'enthousiasme : à l'Académie, Rochefort lit d'interminables mémoires sur « ](•■> mœurs des siècles héroïques ». où il y a plus de lionnes intentions que de réelle intelligence1. Pour joindre en quelque sorte l'exemple à la leçon, il donne une traduction en vers de V Iliade*. En 1764-, au concours annuel pour le prix de poésie, l'Académie française entend la lecture d*- Priam ■m camp d'Achille, tragédie en nu acle.de (lia
l. Il disait par exemple : « On vit Priam. dépouillant lu majesté du trône, se rouler sur la poussière au milieu de ses courtisans ci ne connaître plus ni réserve, ni décence <lans l'excès 'l'un désespoir, qu'on condamne d'autant plus facilement que notre .'une esl moins capable de le sentir. ■• Mém. deP [nul. des lus,-,.. XXXVF, p. i30.
■2. Il avait traduit le IX0, le XVIII' ci te XXII" chanl -le Vlliadt La !i iduction était précédée d'un Discours sm Homèret
banon '. La même année, Bitaubé donne sa traduction, qui détrône définitivement VHomère de Mm0 Dacier. Si médiocre qu'elle soit encore, Les contemporains y trouvaient une plus grande simplicité el comme un air de candeur, qu'ils expliquaient par les fonctions et le séjour en Allemagne de l'auteur, auparavant ministre du saint Évangile à Berlin. La traduction fut 1res lue : elle eut quatre éditions de son vivanl et fut plusieurs fois réimprimée après sa mort. — Comme pour ne p;is rester en arrière de l'Académie des Inscriptions, et suivre elle aussi le mouvement de l'opinion, l'Académie française, à deux années d'intervalle, en i 7 7 < "> et en 1778, incitait au concours pour le prix de poésie la traduction d'un morceau d'Homère. Le premier concours surtout resta mémorable : non pas que les lauréats aient été bien brillants, mais parc»1 que l'abbe Arnault. après la proclamation des prix, prononça un véritable dithyrambe, comme pour consoler Homère, nous dit Grimm, « de l'outrage de ses traducteurs » : « Jamais discours académique ne fut écouté avec plus d'attention, ne fut applaudi, avec des transports plus vifs et plus universels. Assis sur le trépied, plein du dieu dont sa bouche célébrait les louanges, l'orateur semblait enchaîner toutes les âmes à la sienne- ». Si l'on se rappelle qu'en cette même séance du 25 août 177c>. Voltaire taisait lire sa lettre sur Shakespeare, si Ton songe surtout que l'auditoire était en grande partie mondain, il faut avouer que ce fut une belle revanche du pur goût classique, mais surtout pour Homère une réparation solennelle des critiques de
1. A la même séance on entendit aussi un poème de Chalianon sur le Sort de la poésie e>i ce siècle philosophe, que l'auteur publia dans la suite avec une Dissertation sur Homère Cl'. Corresp, litt., VI. p. 72.
■2. Corresp. l'Ut., XI, 317 et suiv.
Perrault. Bien plus, que Voltaire, dont la lettre n'eut pas grand succès, il fui le vrai triomphateur de la
journée '.
Pour ce qui est de la littérature' dramatique, on ne voit pas que les hellénistes d'alors aient l'ait parvenir jusqu'au public des idées bien neuves ni même bien intéressantes : la traduction de Sophocle par Dupuy l'ut très froidement accueillie. Cependant on entreprit un remaniement du Théâtre îles Grecs de Brumoy, qui parut de lTs.i à 1789 - et dont la signification littéraire n'est pas indifférente, vu les tentatives d'imitation qui se produisaient alors si fréquemment sur la scène et surtout le voisinage des opéras de Gluck et de ses émules1. — Enfin ii faut peut-être voir comme une velléité de répondre à une des préoccupations de la critique littéraire dans le sujet que l'Académie des Inscriptions mit au concours en 1786 : « Quels furent l'origine, les progrès et les effets de la pantomime chez les anciens? »
L'influence des travaux archéologiques fut certainement beaucoup plus profonde : Caylus. en première ligne, par son ardeur communicative. par ses publications, par l'originalité de son caractère et de ses allures, était de ceux qui devaient frapper vivement et préoccuper l'opinion. Son projet de ressusciter la peinture à l'encaustique des anciens défraya les conversations «le tout Paris, surtout lorsque Diderot fut intervenu
1. Il faut noter aussi comme un indice «le ce retour à la poésie homérique la traduction par Demeunier de VEssai sur le (/('nie original rPHomère et ces écrits, par II. Wood 1 1775),
•2. Théâtre des Grecs, édition augmentée (par Ant.-Charles Brottier pour la rédaction de l'ouvrage entier et la traduction d'Aristophane. — Fr.-J.-G. «le la Porte du Theil pour Eschyle, — Guill. Roehefort. pour Sophocle, — et Prévost pour Euripide), Paris, Cussae, 1785-1789, 13 vol. — De la Porte du Theil avait donné en 1770 une traduction des Coéphores.