Essai sur la poésie épique, X, p. 4li
LA CRITIQUE ET L ANTIQUITÉ. 7o
cependant que si Voltaire comprend, il n'admire pas pour cela. Cette rudesse héroïque, qui plaisait tant à un Diderot, il ne l'aime pas. Il a été toute sa vie trop malingre ou trop malade, il a trop été du monde pour aimer les gens robustes et mal élevés.
II juge mieux Homère, lorsqu'il entrevoit que sa grande supériorité sur Virgile, c'a été la spontanéité de son imagination. Homère a mieux vu le monde extérieur, de là ses comparaisons et ses allégories. Voltaire, par exemple, admire beaucoup le mythe des Prières qu'il compare à la traduction si plate et si prosaïque de Lamotte en donnant et de beaucoup la préférence au vieux poète grec. Il conclut : « Le grand mérite d'Homère est d'avoir été un peintre sublime ' ». Mais ici encore n'exagérons rien : ce sentiment du pittoresque dans la poésie n'est guère dans les habitudes de Voltaire et, si malgré cela le mot de coloris est aussi fréquent dans sa prose que dans celle de ses contemporains, il est probable qu'il se souvient des théories de l'abbé Dubos dans ses Refle.rions critiques sur lu poésie et In peinture, un ouvrage qui a été très lu et auquel Voltaire lui-même en particulier a eu tant d'obligations. D'ailleurs il suffit délire l'abbé Dubos l pour voir ce qu'on entendait alors par le pittoresque littéraire : c'est la description dans toute sa sécheresse analytique et non l'image ou la métaphore vivante. Voltaire pouvait bien comprendre une allégorie — surtout dans la traduction de Mme Dacier — ou même le procédé un peu littéraire «les comparaisons développées. Les grandes images d'Homère devaient le déconcerter.
Après toul il faul bien reconnaître que Voltaire