Introduction au Voyage du Jeune Anacharsis. I. p
si Barthélémy étail trop peu poète pour saisir le procédé essentiel de relie grande imagination lyrique, du moins le prétendu désordre <le Pindare ne le choque plus, il comprend l'espèce de poésie qui entourail l'athlète victorieux; comment, aux grands jeux dé l.-i Grèce, il devenail le représentanl de sa rilé et comment, dans son triomphe, la Cité toul entière, avec ses dieux tutélaires et ses héros fondateurs, devait lui faire cortège. Il se rend compte surtoui de l'espèce d'enivremenl de la Grèce au lendemain des guerres médiques. Il voil que pour dieu comprendre Pindare, il faut le replacer dans ce milieu d'héroïsme exalté. 11 indique même avec beaucoup de finesse le caractère philosophique et religieux de l'œuvre de Pindare cl semble déjà pressentir en lui le théologien1. Tout eela était singulièremenl neuf, du moins comme jugement d'ensemble, non seulement pour le grand public, mais même pour les érudits.
On voil aussi qu'ila parlé d'Eschyle en connaissance de cause, en homme qui l'a lu dans le texte et non comme Voltaire ou La Harpe en humaniste superficiel. Tandis que celui-ci ne voit dans YAgamemnon qu'un drame « froidement atroce », Barthélémy cite juste* ment avec éloge ce qui a dû paraître le plus atroce à La Harpe, la tirade où ( '.lytemnest re se vante de son crime devant le peuple d'ArgOS. En général il sent très vivement la beauté de l'imaginai ion héroïque d'Eschyle. Toutes ses critiques sont fort intelligentes; e| toul ce que l'on peut faire avec de l'intelligence et de l'esprit joints à un très grand savoir, on peut dire que Barthélémy l'a fait. C'est ainsi, par exemple, qu'il justifie Sophocle des critiques adressées au dénouement de l'Ajax parles modernes -.