INTRODUCTION. XV
Celte communion intime avec la nature et cette divination de sa Beauté, c'est par elle seulement que le classicisme avait pu vivre et triompher. Sans doute, il se réclame de la tradition, il rend hommage aux anciens dieux, il les mêle comme autrefois à la foule humaine. Mais au fond ses seuls modèles, ce sont les réalités éternelles retrouvées sous les apparences, c'est la Vie intarissable et libre...
Au xviii0 siècle, il semble que ce grand culte de la nature soit près de renaître. L'Idée païenne reparaît; on éprouve le besoin d'élargir ses horizons, de faire entrer dans l'art la réalité totale. Mais par malheur les esprits sont sollicités en même temps par des questions d'ordre pratique et cette sollicitation est la plus forte. Il faut combattre et détruire. De là vient que la littérature vraiment vivante de ce temps n'a pas grand'chose à voir avec l'art. Et cependant on a un grand art national à soutenir, on a chez soit d'imposants modèles. De quoi s'avise-t-on alors? De faire ce qu'avaient fait les maîtres du siècle précédent, de revenir aux anciens, et de rajeunir par une imitation plus savante de leurs œuvres le classicisme épuisé. On reprend la forme sévère du xvir3 siècle en essayant de lui donner un caractère plus antique. C'était tout autre chose qu'il fallait faire : ce n'était pas une forme littéraire morte depuis longtemps qu'il s'agissait de ressusciter, c'était une forme nouvelle de pensée qui était à créer. Il fallait concevoir autrement les choses, ou plutôt il fallait redevenir capables de les concevoir