‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 83 sur 248 · Noverre, Lettre sur la danse et les ballets, p. 20a · texte numérisé non relu

Noverre, Lettre sur la danse et les ballets, p. 20a

la couleur el à la vérité locales. Développanl 1rs idées de Diderol — auquel d'ailleurs ilrendail hommage, Noverre aurail voulu faire du ballel une manière de tableau vivant ordonné selon les lois de la composition picturale, avec tout ce que le décor, le costume, la mimique et la danse pouvaient y ajouter d'expression el de magnificence. Pour donner une idée de ses ambitions, il suffit de rappeler son Ballet des Horaces (1777) où il s'étail attaqué au sujei de Corneille — ses ennemis ajoutaienl même, — avec In prétention de le corriger '. Ce fui un reliée, et quel qu'ait été le succès de ses autres compositions, le genre ne parvint pas à s'acclimater : « la pantomime, cet art qui fut jadis les délices d'Athènes el de Rome - ». ne sortit pas <le son tombeau — connue il s'en flatte dans son ouvrage. Mais celle curieuse tentative fut loin d'être inefficace : la danse, grâce à lui, s'éloigna pour un temps de la pure virtuosité et s'efforça de plus en plus vers l'expression; il réussit à animer les chœurs inertes de l'Opéra, mais surtout il prépara el il encouragea certainement une danseuse comme la Guimard, dont le jeu était un éblouissement, une merveille de grâce, de légèreté, de mimique expressive et spirituelle 3.

Il faut, dans tous les cas. insister sur cette évolution de l'art du comédien, qui, si elle ne s'inspire pas toujours de l'antique, procède néanmoins du même mon veinent qui entraîne la littérature tout entière vers l'exotisme ou l'imitation de l'antiquité. Il s'agit ici encore d'élargir ou d'augmenter ses moyens d'expression, pour faire entrer dans l'art une réalité plus complexe; mais qu'on y prenne garde, tontes ces réformes el tous ces projets ne pouvaient que hâter à leur tour

J. Corresp. lit/.. XI, p. 111.

■2. Noverre, Lettre sur lu danse... (Avertissement).

:;. l'.. de Goncourt, La Guimard, chap. i.

i:;2 FIS DU CLASSICISME ET RETOUR A l/ANTIQUE.

la dissolution de la vieille forme dramatique. Toul cela était en contradiction avec l'idéal classique. L'étude historique des rôles, la recherche des scènes plastiques ou picturales, l'importance de La pantomime devaienl acheminer insensiblement vers une forme nouvelle où l'acteur el le décorateur seraient tout, et l'auteur à peu près rien. Garrick en laissa un jour échapper l'aveu : < IlregardeM.de Voltaire — nous dit Crimm — connue le plus grand poêle tragique qu'ait eu la France : c'est là son sentiment. Il prétend que ce Racine, si beau, si enchanteur à lire, ne peul être joué parce qu'il dit toujours tout et ne laisse rien à faire à l'acteur '. » — Voilà qui est significatif. Et si l'on se rappelle que les triomphes de Lekain el de Mllc Clairon, c'a été les grands rôles de Voltaire, on comprendra mieux encore que la tragédie classique était bien morte. Peut-être même, sans vouloir trop exagérer l'excellence de ces comédiens, ni la faiblesse des œuvres qu'ils interprétaient, — peut-être ne sera-ce pas un paradoxe d'affirmer que les vrais poètes tragiques du xvme siècle, ça été les grands acteurs de la Comédie-Française.

Il nous reste à parler du costume et du décor. La réforme en fut moins rapide et moins radicale que celle de la déclamation, à cause des difficultés matérielles et de la force de la tradition. Mais comme on avait une idée plus juste de l'antique, comme, dans les tragédies antiquisantes, on tâchait à une vérité plus grande dans les mœurs, il était impossible que

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