M"* Lecoulteux du Moley, Corresp. litt., loco cit
5. Voir en particulier son Discours sur Véducation et ses Discours académiques, édit. Michaud, t. II.
LES « POETjE minores ». 167
monde. Il est protégé par le comte d'Artois. Choiseul- Gouffier l'emmène à Constantinople. On se l'arrachait : c'était t un meuble indispensable à la campagne * ». Avec cela, il éblouit; on l'estime, ou on l'admire. Voltaire lui-même écrit que sa traduction des Géorgiques est « un des meilleurs poèmes qui aient honoré la France depuis VArt poétique »... c On ne pouvait faire plus d'honneur à Virgile et à la nation ». La critique lui est généralement fort bénigne *. Quand il meurt, on lui fait d'imposantes funérailles : c Son corps resta exposé pendant plusieurs jours sur un lit de parade, dans l'une des salles du Collège de France; sa tète était ceinte d'une couronne de laurier. Le 6 mai ^, à midi, le cortège composé des membres de l'Institut et de l'Université, de MM. les professeurs du collège et grossi d'un concours nombreux d'hommes de lettres, d'étudiants et d'artistes, partit pour se rendre à l'église Saint-Étienne-du-Mont. Les rues étaient inondées d'une foule immense; les fenêtres garnies de spectateurs *. » — On juge, d'après cela, de l'idée qu'on se faisait de son talent.
Mais l'indice le plus sûr de la décadence, c'est moins cette disette de vrais talents, que l'absence d'idée d'ensemble. Dans aucun de ces poèmes didactiques qui abondent alors, on ne trouve une idée unique, patiemment creusée comme chez Lucrèce ou chez Dante. On se noie dans les détails descriptifs ou dans l'analyse scientifîque, parce qu'on est incapable de créer une synthèse poétique des choses. De là un manque absolu de composition. Les livres sont un véritable chaos. On