Notice sur Delille, par Amar, édit. Michaud, P' vol
i68 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l' ANTIQUE.
parle de tout à propos de tout, très insuffisamment d'ailleurs, car on ne sait rien à fond. Le modèle de ces livres-encyclopédie, c'est V Essai sur les règnes de Claude et de Néron de Diderot. Mais voici un livre de poète *. Il s'agit de chanter le mois d'avril et le retour du printemps. L'auteur débute par une invocation à Vénus (imitée de Lucrèce, comme il fallait s'y attendre) ; ensuite, grâce à une série de petites transitions très habiles et qui ne sont que des trompe-l'œil, il passe à la culture du vers à soie dans le Bas-Languedoc, ce qui amène l'éloge de Montpellier, copieusement traité ; puis à l'épisode des Pausias inventeur de la peinture, — à la décomposition des rayons du prisme par New^ton, — à l'épisode des Lusiades de Camoêns, le géant du Cap de Bonne-Espérance. Puis, invectives contre la traite des Noirs, — les cyclones de l'Amérique du Sud, — l'origine de la chaîne volcanique desCordillières, etc. Et tout cela à propos du mois d'avril et du retour du printemps! 11 leur manque, à ces décadents du classicisme, une foule d'autres dons pour être de vrais poètes, mais ce qui leur manque surtout c'est — comme disait Goethe des romantiques allemandes — c l'architectonique au sens élevé du mot, cette force active qui produit, qui crée et qui construit * ».
En réalité, on n'avait pas le temps de se recueillir, de méditer sérieusement une œuvre. On était trop pressé alors d'argumenter, trop préoccupé de détruire et de combattre. La polémique est partout, elle étouffe tout le reste. Elle se glisse jusque dans le grand ouvrage de Voltaire, ce Siècle de Louis XIV, qui prétendait n'être qu'un monument à la gloire de la nation et