‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 136 sur 281 · Les Jardins, II, p · texte numérisé non relu

Les Jardins, II, p

Cet enthousiasme pour Virgile est peut-être ce qu*il y a de mieux dans l'œuvre de Delille, et ce qui la sauve de la banalité absolue ; mais pourquoi cette entreprise de rajeunir la littérature et l'art par l'imitation de l'antique était-elle si vaine et pourquoi ce Virgile même, que Delille admirait tant, n'en avait-il en somme qu'un sentiment si incomplet?

Quelqu'un qui l'a beaucoup mieux compris et qui surtout était plus poète que lui, — c'est Roucher. On peut même dire que c'est ce qu'il avait de neuf et d'indépendant, qui lui a le plus nui, lorsque son grand poème des Mois,*si acclamé en lecture publique, fut enfin livré à l'impression. Il n'était pas banal, son livre ne ressemblait pas à tout, comme les vers de Delille.

Cependant, comme tous les autres poèmes didactiques d'alors, il a un grand défaut, qui est le manque d'unité. A propos des douze mois de l'année, il met à contribution toutes les sciences de son temps. Luimême le dit : « Mon sujet embrasse l'univers *. » Ce qu'il y a de pis, c'est que Roucher n'a point, comme par exemple Lucrèce, un système complet à développer, mais qu'il se trouve comme Chénier dans son HerméSj en présence d'une foule de théories fragmentaires. Un autre inconvénient, c'est que la langue classique se prête mal à l'expression des vérités scientifiques et qu'elle contraint le poète à s'en tenir aux généralités. De là vient, comme nous l'avons déjà remarqué, que le commentaire est plus intéressant à lire que l'œuvre elle-même. Enfin dans la conception même du sujet, il y avait un malentendu fondamental sur les limites de la science et de la poésie. Ce malentendu n'existe pas pour Lucrèce, parce que la science

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