VInvention, v. 257 et suiv. ■ 0. Ibid., v. 313 et suiv
230 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'ANTIQUE.
Chénier éveille une foule de souvenirs antiques. Il rappelle le poète de Platon, < chose légère, ailée et sacrée », mais bien plus encore le c quorum sacra fero » de Virgile, la grandeur pontificale du poète romain. Il le magnifie comme Ronsard et Du Bellay * :
D'un feu religieux le saint poète épris
Cherche le pur éther, et plane sur leur cime (des forêts).
Mer bruyante, la voix du poète sublime
Lutte contre les vents, et tes flots agités
Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés 2.
Nous voilà bien loin de Boileau, qui certainement aurait trouvé de fort mauvais goût ces grands airs de porte-lyre et d'hiérophante. Lui, il a fait rentrer le poète dans le rang, il l'a embourgeoisé, il a réduit ses prétentions à n'être qu'un honnête homme comme tout le monde. Il fîJut bien marquer la différence, car si l'on tient absolument à faire de Chénier un disciple de Boileau, encore faut-il se rappeler qu'il Test bien davantage de Ronsard. Il retrouve tout naturellement les accents de la Pléiade parce qu'il comprend et admire les anciens comme Ronsard et ses amis.
Il est vraiment original et ne relève que de lui-même, lorsque, complétant celte psychologie du poète, il le reconnaît principalement à ce signe qu'il est un inventeur :
Ce n'est qu'aux inventeurs que la vie est promise -K
\. C'est un thème favori de Ronsard que la. sainteté du poète. Voir en particulier VOde à Michel de VHospital, 1. I , Ode -X. Il exprime de la même façon que Chénier l'enthousiasme poétique :
Quand rhomme en est atteint, il devient un prophète : Il prédit toute chose avant qu'elle soit faite. Il cof/noist la nature et les secrets des deux. Et d'un esprit bouillant s'élève entre les dieux.
[Hymne à Vauiomne.)