‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 158 sur 281 · Ibid., V · texte numérisé non relu

Ibid., V

Ainsi donc, Tenthousiasme tel que le conçoit André Chénier n'a rien de commun avec Tenthousiasme romantique tel que léchante Lamartine *. Ce n'est pas la tyrannie d'une passion ou d'un sentiment abolissant toutes les autres facultés, c'est l'allégresse du génie se déployant en pleine conscience et en toute liberté.

Mais voici qui est encore plus classique : il ne suffît pas que le poète invente avec une claire vision et une entière maîtrise de lui-même : la matière de son invention n'est pas indifférente. Si séduisantes que soient les aventures de la fantaisie, il ne doit pas oublier qu'il y a une règle suprême, la Raison, et il se gardera donc de trop abonder dans le sens individuel :

Inventer, ce n'est pas, dans un brusque abandon, Blesser la vérité, le bon sens, la raison * ;

ce qui est presque du Boileau ^ ; surtout lorsque Chénier conclut :

Ainsi donc, dans les arts, l'inventeur est celui Qui peint ce que chacun peut sentir comme lui *.

1. Malgré l'impropriété ou la faiblesse de l'expression, il est aisé de voir que dans son Ode sur Venthotisiasme, Lamartine développe une idée contraire à celle d'André Chénier :

Et la lave de mon génie Déborde en torrent d'harmonie Et me consume en s' échappant.

Non jamais un sein pacifique N'enfanta ces divins élans Ni ce désordre sympathique Qui» soumet le monde à nos chants.

Les classiques n'admettraient ni ce désordre, ni ces effets foudroyants de l'inspiration.

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