Cf. op. cit., p
ANDHÉ CnÉNIER. 245
Peuple, et son mariage avec la jeune Liberté. » Enfin les Initiés, où le poète se serait inspiré des Baples d'Eupolis et où il aurait attaqué les membres du tribunal révolutionnaire.
Nous sommes donc en présence d'une poétique complète, plus complète même et sur certains points plus profonde que celle de Boileau. Mais sur certains autres — en tout ce qui touche à l'imitation des anciens — ridéal classique s'est encore rétréci et le poème de rinvention marque un véritable recul par rapport à VArt poétique. Il nous reste maintenant à juger de l'application, de sa valeur et de sa portée, autant du moins que nous pourrons le faire d'après une œuvre inachevée.
André Chénier a eu l'ambition d'être un grand poète. Son idéal, comme celui de Ronsard, c'est le poète orphique c expédiant les mystères sacrés », c le grand prêtre de Thrace en long sourpely blanc ». Quand on regarde ses vers, il faut bien en rabattre. Il n'a rien de grandiose ni de religieux, ni surtout de primitif ou même de vraiment naïf : vivant à une époque de décadence où, comme on se plaisait à le dire, on était rassasié de chefs-d'œuvre, il a été plus un dilettante qu'un poète. Même son dilettantisme porte bien la marque du siècle. Il est de cette génération qui, avec Diderot pour chef de file, commence à se préoccuper des choses d'art et inaugure cette union des peintres et des littérateurs qui va triompher dans le cénacle romantique. De môme qu'il recommande aux peintres la lecture des poètes \ il estime que le poète doit se
i. « Aussi de tout temps y a-t-il eu peu de peintres pour ceux qui ne louent qu^après avoir senti et qui ne sentent que
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former Tœil et la main dans ]e commerce assidu des peintres et des sculpteurs. De sorte qu'André Chénier est déjà un véritable c artiste » au sens que les romantiques donnaient à ce mot, et que ce qui nous frappe chez lui c'est beaucoup plus le sens esthétique que le sens poétique proprement dit.
D'abord il fréquente l'atelier de David et connaît le maître personnellement. Il voyage en Italie avec les Trudaine et séjourne à Rome. Il est plus que probable qu'il avait lu V Histoire de Vart de Winckelmann et les luxueuses publications qui se multipliaient alors sur les fouilles d'Herculanum et de Pompéi. Il dessine et il peint, nous le savons. Gabriel de Chénier a retrouvé des épigraphes grecques destinées à des dessins erotiques que le poète avait composés à Londres*. Luimême nous représente dans son cabinet « livres, dessins, crayons confusément épars^ ». Il nous parle de ses essais de peinture :
Tantôt de mes pinceaux les timides essais Avec d'autres couleurs cherchent d'autres succès. Ma toile avec Sapho s'attendrit et soupire, Elle rit et s'égaie aux danses du Satyre, Ou l'aveugle Ossian y vient pleurer ses yeux 3.
Ces vers nous le révèlent élève de David, cédant à la
lorsque la simplicité de la composition, la pureté des formes, la naïveté des mouvements ont produit cette expression complète, cette parfaite représentation de la vie humaine qui émeut Vâme et qui entraine V esprit. L'observation de la nature physique et morale, l'étude et l'expérience des passions humaines, cette siirele et cette fînesse de sensation qu'on appelle le goût, ta lecture des poètes, voilà ce qui enseigne à connaître et à apprécier celte autre espèce de poésie destinée à rappeler sans cesse à l'émulation des hommes la mémoire des grands talents. » (Œuvres en prose, sur la peinture d'histoire, p. 325.)
1. Becq de Fouquières, Documents ^nouveaux sur A. Chénierj p. 10.