Voir en particulier Élégies, II, xxh
chanson gauloise. Ce qu'elles évoquent en lui, c'est la vision de la beauté de leur chair :
Je vis de ses beaux flancs l'albâtre ardent et pur, Lys, ébi'ne, corail, roses, veines d'azur, Telle enfin qu'autrefois tu me l'avais montrée De sa nudité seule embellie et parée.
Ou bien c'est l'image du plaisir :
Vole, dis à. Camille
Que je l'attends; qu'ici, moi, dans ce bel asile,
Je l'attends. Qu'un berceau de platanes épais.
Le même, en cette grotte, où l'autre jour au frais.
Pour nous, s'il lui souvient, l'heure ne fut point lente...
Il n'est pas étonnant qu'il retrouve tout naturellement les accents de Catulle, qu'il ait l'air de reprendre son bien en l'imitant. H paraphrase le t ViVamus, niea Lesbia. atque amenius » :
Nous n'avons qu'un seul jour et ce jour précieux S'éteint dans une nuit qui n'aura point d'aurore... Vivons, ma Lycoris, elle vient à grands pas.
Et dès demain peut-être elle nous environne.
Comme chez Catulle, celte évocation delà mort n'et^t (juun excitant au plaisir, tant il est vrai que pour Chénier le tout do l'amour est la volupté.
Il ne faut pas sélonner tlavanlage que cette sensualité dégénère vite en grossièreté. En cela encore Chénier est bien de son siècle : il est grossier comm.' Montesquieu dans les Lettres pers(tnes, comme Voltaire dans la Pucelle, comme Diderot un peu partout. S'il ne nomme pas les choses par leur nom, il les indique, il les souligne complaisamment :
Jamais de vos bontés la confidente amie
Ne vint m'ouvrir la nuit une porte endormie
Et jusqu'au lit de pourpre, en cent détours obscurs,
Guider ma main errante h pas muets et sûrs...
Je Pai cru, pardonnez, mais ce sera, je pense,... Oui, c'est qu'en mon sommeil plein de votre présence, Un songe officieux, enfant de mes désirs, M'apporta votre image et de vagues plaisirs *.
Il y aurait malheureusement d'autres passages à citer; et même une pièce entière — l'idylle de Lydé — dont le sujet est simplement indécent. L'imitation de l'épisode de Salmacis et d'Hermaphrodite, dans les Métamorphoses d'Ovide , n'est certainement pas une excuse ou même une explication suffisante : les seuls coupables, c'est Chénier et son siècle.
Cette merveilleuse époque de raffinements voluptueux et d'art délicat et fragile, il l'adore jusque dans ses inventions les plus éphémères et les plus menues : en artiste qu'il est, il en aime le luxe et la richesse. II en aime les festins et les fêtes : c'était un convive des fameux soupers de Grimod de la Reynière 2. Les surtouts, les cristaux, les fleurs l'éblouissent. Il note l'éclair des vins dans une coupe, la profusion des fruits en pyramides croulantes, mais il célèbre surtout les vins avec le lyrisme et les mots d'Horace : les vins d'Espagne et les vins de France, le madère, le malaga, le Champagne et le bourgogne. Ce n'est plus le « piot » vulgaire de Rabelais, c'est le sang même de la terre natale. Avec cela, il n'oublie pas la suprême parure de ces fêtes, les femmes et leurs toilettes et les élégances de leurs boudoirs. Les glaces, — ces belles glaces Louis XVI tout enguirlandées de fleurs et couronnées d'attributs, — les vases et les bouquets sur les consoles, les c coussins odorants d'aromates remplis >. Il remarque même les jolies modes de la veille de la Révolution, si gracieuses et si fraîches. Les robes