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exacte de l'art antique. C'est justement ce qui fait la ; grâce de ces œuvres fragiles. La liberté de l'artiste . reste entière, il choisit, parmi les motifs de décoration et les formes antiques, celles qui lui semblent les plus belles et les plus capables de s'allier au goût français et parisien. Mais quelles que soient l'indépendance et l'originalité de ces merveilleux ouvriers, on reconnaît en eux des gens qui ont encore dans les yeux les imitations pompéiennes de Vien ou les paysages d'Hubert Robert, qui ont feuilleté le Recueil d'antiquités de Caylus et toutes ces publications illustrées sur Herculanum, et Pompéi que le xviiie siècle éditait avec un si grand luxe.
Dès 1760 environ, — car le style Louis XVI date en réalité de Louis XV, comme le style empire des dernières années de Louis XVI, — toute une révolution s'opère dans le mobilier et l'ornementation, et l'art y trouve un véritable rajeunissement. D'abord on délaisse les laques et les vernis Martin de l'époque précédente pour employer le marbre ou le bronze, à l'imitation du mobilier antique. Le bois est très souvent peint en blanc, ou d'une couleur grise mouchetée de vert, de bleu et de rouge, qu'on appelait c Céladon », ce qui est encore une façon de rappeler le marbre. Pour la même raison, on commence à se servir de l'acajou ', qui va décidément triompher sous le Directoire et l'Empire. Le rococo avait horreur de la ligne droite; il recherchait les courbes, les formes chantournées et ventrues, de même que la peinture recherchait le fouillis : il s'appliquait manifestement à éviter l'ordonnance symétrique 2. Le Louis XVI au contraire
1. Cf. Henri Penon, élude du mobilier national à Vexposilion de VUnion centrale des arts décoratifs, Paris, A. Leroy, p. ol.
2. Cf. P. Rouaix, Les styles, p. 27o. — Paul Mantz, Les meU' blés au XVIll^ siècle {Revue des arts décoratifs^ 1884).
s'efforce de reproduire les lignes sévères de rarchiteclure gréco-romaine et, tandis qu'autrefois il était impossible de diviser un meuble ou une composition quelconque en deux parties répétées, maintenant on obtiendrait deux fragments qui se répondent membre à membre *.
Mais ce n'est encore rien : les pieds des tables, des commodes, des bureaux, des armoires à bijoux reproduisent les formes des lits et des escabeaux antiques. Ils se terminent en pieds de chèvre, en pieds de bœuf, on griffes de lion. Ils affectent la forme de carquois * avec des applications de cuivre imitant les flèches. Ils empruntent à l'antique les collerettes et les boutons tournés. Les consoles ovales ou rondes rappellent les tré[)ieds '. Dans le détail de l'ornementation l'influence du goût pompéien est encore plus sensible : on voit reparaître sur les panneaux des meubles, — en peinture, en ciselure, en mosaïque et en marqueterie, — tous les jolis motifs des peintures murales de Pompéi. Les palmettes antiques régnent tout le long des corniches; des branches de chêne, des guirlandes de roses sauvages, des guirlandes de fruits, de poires, de pommes se déploient entre les montants. Voici les
i. « Dans le rococo, l'absence de symétrie, l'impossibilité de diviser la composition en deux parties répétées : la ligne verticale que l'on tracerait au milieu serait toujours enjambée par quelque élément ornemental. » Paul Rouaix, Les styles, p. 239.
2. 11 importe de noter que le carquois est déjà employé comme motif ornemental dans le style Louis XIV et dans le style Louis XV; mais c'est un carquois de fantaisie aux formes courtes et rondes. (Voir, par exemple, à Versailles, une porte des Grands Appartements.)
3. Comparer une console Louis XVI soutenue par des pieds de bœuf surmontés de sphinx, dans Champeaux, Le meuble, p. 28a, à un trépied antique sur lequel elle est probablement copiée, dans Roux, Herculanum et Pompéi, Paris, Didot aîné, MDCCGLXII, t. VII, planche 90.
vases de fleurs qui, à Pompéi, se détachaient sur les fonds noirs ou rouges de la fresque. En voici les arabesques avec leur luxuriance et leur complication, leur flore et leur faune chimériques, les colombes se becquetant et les combats de coqs. Voici les attributs bachiques et éleusiniens, les grappes de raisin, les thyrses noués par des rubans, les amphores, les tympanons, les râteaux et les bêches, les gerbes d'épis et les corbeilles. — Les corbeilles, comme les amphores et les urnes, sont prodiguées : on les retrouve non seulement sur les panneaux, mais — en bois ou en bronze — aux entrejambes des consoles et des cabinets. Puis ce sont les tètes de lion, les têtes de panthère, les têtes de bouc, les masques tragiques ou comiques qui s'appliquent sur les serrures, qui soutiennent les anneaux des tiroirs ou les rubans des médaillons, qui s'enchâssent dans les montants ou qui forment les centres des arabesques. On va même jusqu'à emprunter aux peintres de Pompéi leur rococo égyptien, les sphinx et les sistres, les tètes coifTées du klaft.
Mais la grande originalité du Louis XVI, c'est le médaillon, surtout le médaillon de porcelaine peinte enchâssé dans les panneaux, avec une bordure d'oves et de perles, et ceci est encore une imitation du style pompéien *, oii le médaillon se rencontre si souvent soit dans les peintures murales, soit dans le mobilier. On y reproduit naturellement les sujets chers aux artistes de Pompéi, — les paniers de fleurs, les sujets de mythologie galante, surtout ces jolies danseuses aux draperies envolées, qui sèment des fleurs ou qui rythment leurs mouvements avec des tympanons.
La décoration intérieure des appartements est dans