‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 189 sur 281 · Cf. Rocheblave, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. Rocheblave, op. cit., p

ÉCOLE DE DAVID ET IMITATION DE l'anTIQUE. 285

rentes : au xviii* siècle, on revenait à une antiquité déjà connue, on y revenait par l'érudition et l'archéo-' logie et peut-être aussi par lassitude de ce qu'on avait aimé jusque-là. On ne pouvait plus avoir, comme au XVI® siècle, la joie de la découverte, les illusions d'un monde tout jeune et tout neuf qui aspirait à la vie. Surtout on avait derrière soi toute une longue culture extrêmement raffinée : ainsi on ne devait d'aucune façon s'attendre à revoir cette exubérance de -sève poétique, cette vigoureuse poussée de génie, qui avait fait de la Renaissance une époque si grande dans l'histoire de l'art. Et cependant, il y avait dans cette société à demi païenne du xviii* siècle un dilettantisme si intelligent, un goût si franc de la volupté et de la poésie du plaisir, des traditions d'art si aristocratiques, qu'on vit encore de belles œuvres, certainement des plus vivantes et des plus originales qu'ait produites l'École française. De 1750 environ, jusqu'à David, il y a comme une velléité de concilier l'imitation de l'antique avec les habitudes du génie national, tel qu'il s'était formulé dans la première moitié du siècle. Ce fut plutôt une inspiration libre qu'une imitation, sans rien de pédantesque ni de forcé, quelque chose comme une Renaissance affaiblie. Cette première manière forme la transition entre l'école de Boucher et l'école de David : elle est tout à fait charmante et mérite que nous nous y arrêtions.

tl

t Mes belles dames, voulez-voUs defe éventails à la grecque? » Voilà ce qu'on entend sur les boulevards vers 1770, dans les boutiques des revendeuses. Ces éventails à la mode sont étalés pôlc-mèle avec des

286 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l' ANTIQUE.

€ bonnets à la chancelière, des montauciels, des plumes de hérons à vingt-quatre sols, des savonnettes qui blanchissent la peau comme un lys > ^ On est un ï)eu supris de rencontrer des éventails à la grecque au milieu de tous ces colifichets sentant leur rococo; et pourtant il suffit de se rappeler le mobilier et rornementation du temi)S, pour voir qu'en somme ils n'étaient pas trop dépaysés. Déjà en 1763 Grimm écrivait : € Depuis quelques années, on a recherché les ornements et les formes antiques; le goût y a gagné considérablement, et la mode en est devenue si générale que tout se fait aujourd'hui à la grecque. La décoration intérieure et extérieure des bâtiments, les meubles, les étotTes, les bijoux de toute espèce, tout est à Paris à la grecque; nos petits-maîtres se croiraient déshonorés de porter une boîte qui ne fût pas à la grecque *. >

Il ne faudrait j)as prendre sans doute ces déclarations au pied de la lettre. Je m'imagine que ces boîtes à la grecque devaient l'être juste autant qu'une tragédie de Guimond de la Touche; mais toujours est-il que dans les arts somptuaires d'abord, puis dans l'architecture, la sculpture, la peinture elle-même, on assiste à une curieuse évolution dans le sens de la simplicité relevée par de très heureux emprunts à l'antique. Le

stume lui-même devient plus simple et plus- raison-

ablo. Mais ce sont les artsi^omptuaires h qui cette

mode nouvelle a le mieux réussi. Cela tient sans doute

ce qu'ils sont plus que les autres indépendants des raditions d'école et en même temps plus soumis aux aprices de la mode.

I II ne faut pas y chercher d'imitation méthodique et

1. Cf. Dialogue copié d'après nature, ou de Vamilië de deux jo ies f'emmesj par M"' d'Epinay.

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