Loc. cit
4. Eloge de Pigalle, par Suard, Mélanges litléraweSyl\l,p.30i*
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tendance, c'est celle des plus originaux de nos maîtres classiques, depuis Jean Goujon jusqu'à Clodion, et c'est celle de la jeune école moderne, qui s'efforce d'égaler les autres arts plastiques et même les arts littéraires pour l'énergie, l'exactitude et la complexité de l'expression *.
Parmi tous ces artistes, et en laissant de côté le mérite intrinsèque des œuvres, celui qui doit nous arrêter de préférence ici, c'est Clodion, parce qu'avec la libre imitation de l'antique, c'est chez lui qu'on rencontre au plus haut degré tous les caractères du Louis XVI, tel qu'il cherchait à se définir : la grâce, ^ le sentiment de la chair et de la volupté, l'intelligence spirituelle et la passion des visages. On peut dire qu'il a fait pour la mythologie ce que faisait vers le même temps André Chénier dans sa poésie : il l'a renouvelée et rajeunie. Il a ramené d'Italie tout un cortège de Nymphes, de Faunes et de Bacchantes, qui, si elles rappellent ce qu'il y a de plus aimable dans la sculpture antique, ont cependant des physionomies toutes françaises. Il y a tel morceau de lui, comme par exemple le Baiser du Satyre *, qui n'est qu'une illustration plastique de la poésie contemporaine : cette nymphe qui s'élance vers les lèvres du Satyre avec ce désir éperdu et cet abandon de tout son corps, c'est une nymphe de la Seine : on la reconnaît à l'élégance nullement académique et à la coquetterie de son profil, à la gracilité douillette de son petit corps, à ses petits pieds et à ses petites mains. Mais le plus frappant, c'est l'intensité de volupté que l'artiste a su y mettre, ces yeux égarés de la nymphe, ce pied de bouc
1. Cf. Mercure de France, mars 1895, art. de C. Sainte-Croix sur Medardo Rosso,
2. Cf. Les Adam et Clodion, Paris, Quantin, 1883, par H. Thirion, p. 240 (planche).
du satyre qui remonte et qui se crispe. Ailleurs il s'attaque aux plus difficiles problèmes de la plastique : dans une scène marine, il essaie de traduire non seulement l'écume et les volutes de la vague, mais la souplesse des cheveux des Néréides et jusqu'à l'humidité luisante de leur corps et l'élasticité des vapeurs qui montent de la mer.
C'est par là que Clodion rejoint Fragonard dans toute une partie de son œuvre : l'un a modelé comme l'autre a peint, dessiné ou gravé ce c poème du Désir » dont parlent les Goncourt. Il a beau avoir été l'élève de Boucher, on sent chez lui l'ancien pensionnaire de l'école de Rome, le compagnon de voyage de l'abbé de Saint-Non, dont le crayon et la pointe ont fixé les ruines et les bas-reliefs antiques. Les planches qu'il a rapportées d'Italie, certaines de ses compositions mythologiques ou allégoriques révèlent tout autre chose que le peintre libertin qu'on est accoutumé de voir en lui : le grand souffle de l'antiquité est passé par là. Par exemple, dans son fameux tableau de la Fontaine d'amour *, quelle différence avec Boucher! Il y a quelque chose de profondément sérieux et de presque tragique dans les ténèbres mystérieuses du paysage, dans l'élan furieux de la course qui emporte les deux amants, dans l'avidité des lèvres béantes qui se tendent vers la coupe extatique puisée à la Fontaine d'amour : ce n'est plus la galanterie romanesque, c'est le Désir dans tout son emportement. L'idée de la composition, tout en restant gracieuse et jolie, est cependant assez forte pour faire songer à Lucrèce et à Virgile.
1. Les Goncourt en ont donné une très jolie description dans VArt du XVIII* siècle, t. III, p. 208. On en trouvera des reproductions dans Gh. Blanc, École française; P. Naquet, Fragonard (collection Quantin), etc.
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A côté de Fragonard se place tout naturellement son camarade d'école, Hubert Robert, dont le talent facile ' est encore un des plus curieux échantillons de l'art de cette époque. Il a eu un étonnant succès * et il a certainement contribué pour beaucoup à mettre les ruines à la mode. En 1768, un an après sa première exposition, l'Académie française accordait une mention honorable à une épître en vers, intitulée les Ruines^ par un M. de Cœuilhé *, et l'on sait si plus tard l'abbé Delille exploitera la matière. Sans parler ici des mérites de son œuvre, ce qu'il importe de noter c'est qu'il ne vise nullement à des restitutions archéologiques, comme on fera bientôt dans l'école de David. Il se borne à rendre ce qu'il y a de pittoresque et surtout de décoratif dans les ruines, et encore il leur prête une gaieté toute française ^. D'ailleurs les ruines modernes se mêlent constamment chez lui aux ruines antiques. Comme dafls son Pont du Gardy ce sont les costumes, ce sont les hommes, c'est la vie d'aujourd'hui qui anime ses paysages. Dans tous les cas, et si pénétrée du goût contemporain que soit son œuvre, elle n'en atteste pas moins une mode toute nouvelle, un goût de plus en plus vif du public pour tous les monuments de l'antiquité, qu'il s'agisse d'art ou de littérature.
Il faudrait joindre à Hubert Robert les nombreux ' auteurs de publications illustrées sur l'Italie, dont quelques-unes se recommandaient par des qualités artistiques de premier ordre, comme par exemple le livre de l'abbé de Saint-Non *, auquel Fragonard et Hubert Robert lui-même avaient collaboré. ^
1. Voir Hubert Robert et son temps, par E. Gabillot, p. 105; Salons (le Diderot, passim.
"2. Cf. Corresp. /t7^, VIII, 170.