INTRODUCTION. IX
qu'une fantaisie pédantesque et déraisonnable, qui ne pouvait aboutir à rien de solide et de sérieux. Il y aurait là un dilettantisme assez analogue à celui de Gœthe et de Schiller pendant cette période de leur carrière littéraire, que les Allemands appellent la période antiquisante [Die antikisirende Periodey,
Mais si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que Chénier, comme David, n'a fait qu'exprimer d'une manière plus singulière ou plus paradoxale un état d'esprit et des aspirations qui sont ceux de toute la seconde moitié du xviii® siècle. Le retour à l'antique n'est pas une fantaisie éclose dans une cervelle de dilettante ou d'érudit : c'est un besoin qui a travaillé les esprits depuis les fameux Discours de Jean-Jacques, dont la rhétorique toute latine et les prosopopées fameuses glorifiant les grands noms et les grands souvenirs de l'antiquité avaient remué si fortement les imaginations. Si l'on se tourne vers les littératures étrangères, c'est encore sous l'influence du même besoin : on demande aux Anglais et aux Allemands modernes la même chose qu'aux anciens. Plus de simplicité, plus de haturel, plus de force, plus de pathétique, voilà ce que l'on voudrait acquérir et ce que l'on croit trouver dans leurs livres. Mais c'est le courant antiquisant qui est le plus fort, soit toute-puissance de la tradition, soit affinité secrète entre le génie antique et le génie
4. Cf. H. Hettner, Literaturgeschichte des /*»•" lahrhunderlsi III, m, S 253. — Die Romantische Schule in ihrem inneren Zusammenhange mit Gœthe und Schiller, § 88.