Essai sur les règnes de Claude et de Néron
2. Le duc de Brissac aurait dit à l'auteur : • Monsieur, vous m'avez fait sentir le plaisir d'être Français », Cf. Corresp. litt., VI, 244.
3. Le comte de Bissy avait déjà traduit de lord Bolingbrocke des Lettres sur Vespril de patriotisme, sur Vidée d'un roi patriote, etc. (1750). Cf. Corresp. litt., I, 409. On vit ensuite : La différence du patriotisme national chez les Français et chez les Anglais, par Basset de la Marelle (1760). — Le patriotisme, jloème, par l'abbé Desjardins (1759). — Le patriotisme, poème par Golardeau (1762), etc.
Cependant plus on avance vers la Révolution, plus ce sentiment tend à se restreindre à la conscience des droits du citoyen, comme dans les républiques anciennes. Lorsqu'en 1754 Tabbé Coyer, dans ses Bagatelles morales^ se plaignait de l'abandon du t vieux mot de patrie », Grimm lui répondait : t Nous n'employons pas le mot de patrie, parce qu'il n'y en a plus pour parler avec justesse. Il faut donc continuer à dire que nous servons le roi et l'État. * » Avec le réveil de l'individualisme, le sentiment des droits du citoyen va s'exaspérer. Chacun se croit autorisé à parler, à donner son avis sur les choses du gouvernement, à se mêler des affaires de l'État, qui deviennent les affaires de tous. C'est La Tour, le pastelliste, qui, faisant le portrait de Louis XV, se permettra de dire au roi : c Avec tout cela, Sire, nous n'avons point de marine * ». C'est Lebrun-Pindare qui écrit son Ode aux Français après les désastres de la guerre de Sept Ans et qui s'essaie à jouer au Tyrtée : l'incapacité du pouvoir prouvée par toutes les défaites de cette guerre donne une nouvelle audace aux revendications du civisme. Des brochures républicaines s'impriment, avec des titres séditieux ou menaçants : Le patriote, — La patrie vengée^ — La richesse de VÊlat, — Idées d'un citoyen sur l'administration des finances du Roi. Sous la Révolution ce patriotisme renouvelé de l'antique, qui n'a plus rien de français, qui ne signifie plus l'attachement instinctif au sol natal, ni le .sentiment de toutes les grandeurs et de toutes les gloires du pays, va se rétrécir encore : son patron sera Brutus le Tyrannicide et le mot de patriote ne sera plus que l'étiquette d'un parti politique. Comn^e couronnement de cette morale, une religion