‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 234 sur 281 · Examen des Martyrs · texte numérisé non relu

Examen des Martyrs

352 FIN DU CUSSICISME fiT RETOUR A l'aNTIOUE.

n\>b<>il qu'à son sentiment : c'est ce qui fait la supériorité et aussi Tinsuflisance de sa critique*. Chaque fois (jue son jugement n*est pas faussé par Tesprit de système, il sent bien plus vivement la beauté antique que n'importe lequel de ses contemporains. Ce qu'il y a de bon dans son fameux parallèle de Virgile et de Racine vient de là; mais ce ne sont que des impressions très courtes, des rencontres de lettré qui lit sans approfondir. Quand il tombe juste, il est excellent; sinon, il trouve, par exemple, de ces rapprochements étrangi's comme la comparaison ô'Eslher et de la seconde ég^logue de Virgile.

Dans les Martyrs^ le sentiment, ou le démon intérieur ne suffisait pas. 11 voulait construire une grande machine épique qui servît en quelque sorte de preuve à l'appui pour son Génie du Christianisme. Ici le classique reparaît, un classique très arriéré, comme on Tétait de son temps, après la réaction de La Harpe et de Geoffroy contre les innovations du xviii® siècle. Et ainsi il a composé le dernier poème épique suivant la formule du P. Le Bossut, — la dernière récidive du Tclémaque, Sa seule témérité, — et elle n'était qu'apparente, comme il Ta bien fait voir, — c'était cette prétention d'écrire un poème épique en prose. Il se justifie par un passage d'Aristote qu'il interprète à sa façon ; il se réclame de Fénelon, il allègue le jugement de Boileau. Enfin il avait eu de nombreux précurseurs, comme Marmontel dans ses Incas^ Bitaubé dans son Joficph, ou plus récemment M'"° Cottin dans sa Prise de Jéricho.

Il le disait encore, faire une épopée chrétienne n'était ni une hardiesse ni une nouveauté, et il citait les

î. Voir à ce sujet un article de Schérer, Études sur la littérû' ture contemporaine, I, p. 132.

exemples classiques du Tasse et de Milton. Son enthousiasme pour la Bible et l'Évangile n'avait rien non plus qui dût surprendre. La Mort cFAbel de Gessner, la Messiade de Klopstock avaient depuis longtemps fait oublier les inepties de Voltaire sur l'Ancien et le Nouveau Testament. La Harpe avait écrit t sur l'esprit des livres saints et le style des prophètes ». On avait lu le livre de Lowth : De sacra poesi Hebrœorum * et nous avons vu les primitifs s'éprendre de la Bible et de la personne de Jésus. La seule nouveauté qu'il y eût dans les Martyrs, c'était la prétention de l'auteur d'humilier en quelque sorte la poésie profane devant la poésie sacrée, ce qui donnait à son livre un faux air de pamphlet. Il devenait une œuvre de coterie, et c'était dommage en vérité, car l'idée était belle et féconde.

Mais, à part cela, Chateaubriand restait strictement dans les limites de la tradition et acceptait le joug de toutes les poétiques. Il voulait donc faire une épopée, — cette fameuse épopée qui 'manquait toujours à la France. Il voulait t peindre les mœurs homériques et les scènes tranquilles de VOdyssée au milieu des scènes sanglantes des persécutions 2, unir et comparer les deux antiquités, car t il n'est que deux belles sortes de noms et de souvenirs dans l'histoire, ceux des Israélites et des Pélasges ^ ». Pour cela, il s'est donné infiniment de peine : il a dépouillé des piles d'in-folio *; il a consulté des gens spéciaux, Fontanes pour le style, Boissonade pour ses imitations des poètes grecs '^ ; il a entrepris un long voyage en Grèce et en Orient. Et, malgré cela, il n'a pas

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