V. Hugo, Littérature et philosophie mêlées, t. 1, p
2. Noter que M^e de Staël ignore à peu près le romantisme allemand. Il en sera de même de l'école de Hugo qui en restera toujours à Goethe et à Schiller.
368 FIN DU CLASSiaSME ET RETOUR A L^ANTIQUE.
Cours de littérature dramatique de SchlegeP. — D'autre part, quand on rapproche les premiers essais des romantiques de la littérature classique antérieure ou contemporaine on est frappé des ressemblances. Les Odes de Hu^o ne diffèrent en rien, comme conception et comme développement, de celles de Lebrun ou des lyriques du xvin« siècle*. A la rigueur, si Ton veut distinguer, voici à quoi se réduisent Jes différences : d'abord les romantiques sont royalistes, tandis que les classiques sont libéraux : c La littérature actuelle, disait Fauteur des Odes^.,. est l'expression anticipée de la société reliijieuse et monarchique^ qui sortira sans doute du milieu de tant de débris, de tant de ruines récentes^ ». — De là une tendance à glorifier de préférence les héros de l'ancienne monarchie, à choisir des sujets dans l'histoire de la légende du moyen âge. Mais c'était encore le pseudo-moyen âge du temps de l'Empire, le moyen âge troubadour de Millevoye et de Marchangy *. 11 n'y avait en plus que les convictions royalistes et religieuses. Sans doute on aspirait à tout autre chose,
1. Saint-Chanianri disait : « Les ouvrages réguliers, où l'on suit les lois établies, voilà le genre classique', les ouvrages irréguliers, où l'on ne reconnaît aucune loi, voilà le genre romantique. •♦ — Et c'était la littérature allemande, dont il faisait le type de la littérature romantique. — Voir chapitre i", V Anti-romantique, Paris, Lenormand, 1816.
2. Comparer par exemple les odes politiques de Hugo à celles de Fontanes : Ode sur la mort du duc d*Enghien, — Ode sur Venlèvement du pape.
3. Hugo appartenait d'ailleurs à la Société royale des bonnes lettres, recrutée dans le parti ull7*a et qui n'était au fond qu'une société de propagande monarchiste. Cf. Biré, V. Hugo avant 1830, p. 239.
4. Saint-Ghamans parlant de la nouvelle école (?) disait : « Quant à leur précepte d'employer.la chevalerie, les héros du moyen âge, l'histoire nationale, comme plus intéressants que ceux de l'antiquité, nous sommes d'accord là-dessus ». (Dp, cit., p. 409.) On voit donc que classiques et romantiques s'entendent pour célébrer le moyen âge.
les idées et les sentiments qui travaillaient depuis si longtemps les esprits voulaient éclore; mais rien de tout cela n'était encore venu. De sorte que Ton comprend l'embarras des romantiques pour se définir euxmêmes. En réalité, ils tenaient à l'ancienne école littéraire par des liens de toute espèce : éducation, admirations de jeunesse, relations même. C'est seulement la Préface de Cromwell et Hernani qui consommeront la rupture : jusqu'à cette date approximative de 1830, ils sont encore plus ou moins sous l'influence de la tradition classique.
Notons d'abord que leur entrée au collège coïncide avec le relèvement des études latines dans l'Université impériale : les Vigny, les Hugo, les Sainte-Beuve, les Musset sont tous élèves de l'Université. Lamartine, au collège de Belley, retrouve la vieille discipline classique des Jésuites et se fait remarquer comme un excellent élève*. Vigny, outre le latin, dut apprendre du grec au lycée, puisqu'il s'amusait à traduire Homère en anglais, comparant ensuite sa traduction à celle de Pope^ : il aime d'ailleurs mettre des épigraphes grecques en tête de ses premières pièces et — ce qui n'était pas ordinaire — des épigraphes d'Eschyle '. Quant à Hugo, il savait assez bien le latin pour s'éprendre de Virgile et de Tacite, deux admirations qu'il conservera toute sa vie *. Il emporte de la pension Cordier des traductions de Virgile, d'Horace, de Lucain, d'Ausonc et de Mar-