Biré, op. cit., p
goût. » Nous voilà bien loin de la Préface de Cromwell i et des audaces d'Hernani.
Pour expliquer cette tournure d'esprit, ce n'est pas assez du prestige éphémère de certaines œuvres : il faut tenir compte aussi des fréquentations et des amitiés des jeunes romantiques. Dans le salon de M. Deschamps, le père d'Emile et d'Antony, ils rencontraient les poètes de l'école impériale, et, entre autres, Parceval-Grand'Maison, l'auteur de Philippe- Auguste. Longtemps après, Emile Deschamps s'en souvenait encore :
Soumet, Alfred, Victor, Parce val, vous enfin,
Qui, dans ces jours heureux, vous teniez par la inain,
Rappelez-vous comment au fauteuil de mon père
Vous veniez, le matin, sur les pas de mon frère,
Du feu de poésie échaulTer ses vieux ans,
Et sous les fleurs de mai cacher ses cheveux blancs.
Les plus jeunes vantaient Byron et Lamartine,
Et frémissaient d'amour à leur muse divine;
Les autres, avant eux, amis de la maison,
Calmaient cette chaleur par leur froide raison
Et savaient chaque jour tirer de leur mémoire
Sur Voltaire et Lekain quelque nouvelle histoire,
Et le cœur tout ému d'un innocent plaisir
Avec les jeunes gens se sentaient rajeunir *.
A la Société royale des bonnes lettres, Hugo se rencontrait avec des classiques comme Brifaut, Auger, Désaugier, Fontanes, Dureau de la Malle, Dussault. A la séance du 10 décembre 1822, l'académicien Roger prononça un discours enthousiaste, où il célébrait en ces termes le jeune auteur des Odes : < Je vois enfin, ou plutôt, messieurs, vous allez entendre tout à l'heure ce jeune lyrique, dont les premiers accords respirent
i . Il convient d'ailleurs d'ajouter que Hugo a été constamment fidèle à ces principes; mais il est trop évident que les déclarations qui précèdent ont été écrites sous l'influence du goût classique : plus tard il les entendra dans un tout autre sens.