INTRODUCTION. XI
raines qui expriment les mêmes tendances et qui attestent plus ou moins le même idéal. Dans ces conditions, étudier le retour à l'antique dans les moeurs, dans la littérature et dans Tart du xvxii* siècle, c'est étudier le classicisme lui-même à sa dernière période; c'est voir comment il a essayé de revivre et pourquoi il est mort.
Il n'est pas inutile de rappeler d'abord de quoi il avait vécu. Chez les modernes, comme chez les anciens, il commence à peu près de la même façon : dans l'Italie du xv" siècle, il naît des découvertes et des gloses des humanistes, comme auparavant à Alexandrie et à Rome, des commentaires des grammairiens et des traités des rhéteurs. Son principe est l'imitation, et ses premières œuvres, des traductions, des compilations et des pastiches. Il semblerait même qu'il ne dût jamais produire autre chose étant donnée l'étroitesse de son principe ; car l'imitation de la forme entraîne l'imitation du fond, et voilà l'artiste condamné au décalque à l'infini : Nicolas de Pise se met à copier des bas-reliefs antiques comme Pétrarque à pasticher Virgile.
Mais, heureusement, les grands classiques de la Renaissance surent dévier de cette diëcipline et tout en maintenant l'honneur et le respect de la tradition, réserver les droits de leur originalité. Ils ont interprété librement l'antique et, par delà les canons et les règles, ils ont étudié et ils ont aimé la Vie. C'est elle surtout qu'ils ont reconquise bien plus que cette antiquité lointaine, si difficile à res-
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saisir. Chez nous spécialement, comme on les sent délivrés de Taffreux cauchemar du xv* siècle, des Danses des Morts, des Vierges exsangues et désespérées, de la Bêtise impassible, ensevelie dans son luxe morne et barbare !
Quand on entre un peu dans leur intimité, peintres ou sculpteurs, poètes ou novellistes, c'est par là qu'ils séduisent, par cette large et ardente sympathie qu'ils ont promenée sur les êtres et sur les choses : les uns, comme les Italiens, ont aimé davantage la volupté, les décors fabuleux et splendides et les nobles horizons : tout ce qui charme et tout ce qui glorifie l'existence. Ils ont fait onduler et se courber les lignes sous un souffle de Grâce et de Printemps. Ils ont rafraîchi et presque inventé les couleurs, rien qu'en y posant leurs yeux. Ils ont élargi les ciels et ils les ont fait trembler d'une ineffable émotion. Les autres, comme les Flamands et les Espagnols, sont allés de préférence vers les réalités terribles et les visions radieuses de la foi, ou bien vers les vulgarités et les misères de l'humanité la plus humble ; et là encore, ils ont su retrouver le foyer divin de la Vie, ce rayonnement qui, chez eux, transfigure et soulève en quelque sorte les chairs : c'est Brueghel faisant ruisseler sur sa toile toute la gloire des potagers et' des jardins regorgeants du Nord; c'est Cervantes, dans Rinconete et Cortadillo^ éclairant de poésie la vie d'un muletier et d'un pêcheur de madragues, ou ailleurs racontant les aventures des ruffians et des gueux.