INTRODUCTION. XIII
Ces hommes, ils n'ont rien dédaigné du monde, ils ont accepté la réalité tout entière sans scepticisme, sans découragement et sans dégoût. C'est ainsi qu'ils ont aimé l'antiquité elle-même avec tout le reste. Ils l'ont vue comme une réalité contemporaine, avec leurs yeux naïfs et leur bonté facile de grands enfants, avec leur sympathie généreuse et leur imagination d'artistes ; et la vie s'est montrée pour eux reconnaissante et prodigue : à aucune époque le spectacle des choses n'a enivré pareillement les cerveaux humains et n'en a fait jaillir des visions plus exubérantes, plus vivantes et plus belles. Tout se presse et se mélange dans leur fantaisie, sans se heurter ni se contredire, sans règles fixes, sans parti pris, sans exclusions inintelligentes et pédantesques. Le paganisme antique reste bien le grand modèle, la source la plus haute et la plus vénérée. Mais ce paganisme, comme on en porte légèrement le joug et comme la discipline en e»t douce!
Pour ma part, je ne vois pas de plus signifiant symbole de cet art que cette mystérieuse ' toile de Velasquez, qui est au musée du Prado et que l'auteur a intitulée : La Fragua de Vulcano^ la Forge de Vulcain. C'est une scène copiée dans un de ces ateUers de charron [taller de carretero) comme on en ren-
1. II est vrai qu'on n'y voit qu'un épisode assez vulgaire de la fable : Apollon apprenant à Vulcain l'adultère de Vénus. (Cf. Catalogo de los cuadros del Museo del Prado de Madrid, p. 184.) Mais on sait que, pour Velasquez, le sujet ne compte pas. Ce n'est qu'un prétexte à traduire une grande idée plastique.